« Nous ne sommes pas d’accord avec la façon dont la Hongrie traite les réfugiés : il y a des procès expéditifs, on ne leur donne pas toutes les chances de demander l’asile. C’est vraiment préoccupant. »

Nous sommes à Budapest et vous venez d’entendre Babar Baloch, porte-parole du Haut-commissariat de l’Onu pour les réfugiés qui s’inquiète de ces procès de migrants qui ont lieu tous les jours, au tribunal de Szeged (prononcer Sèguède), au sud de la Hongrie. Alors que les frontières se ferment un peu partout en Europe, avec les décisions avant-hier de la Suède et du Danemark, en Hongrie les migrants sont carrément poursuivis pour avoir franchi la clôture de barbelés érigée le long de sa frontière. En effet, guidés par les passeurs, les réfugiés continuent de franchir la clôture, facile à vandaliser. Depuis une nouvelle loi entrée en vigueur le 15 septembre, ils encourent 3 ans de prison au pénal. Plus de 700 migrants ont déjà été condamnés. La majorité est condamnée à être expulsée.

Florence La Bruyère a assisté à l’un de ces procès. Reportage.

Les réfugiés continuent de passer en Hongrie
Les réfugiés continuent de passer en Hongrie © REUTERS/Laszlo Balogh

8 heures du matin au tribunal de Szeged. Il y a 5 hommes sur le banc des accusés. La juge s’adresse aux policiers :

« Est-ce que les prévenus sont obligés de garder leurs menottes ? Vous pouvez leur enlever ? »

Les 5 hommes viennent d’Erythrée, ils sont entrés en Hongrie 2 jours plus tôt grâce à un passeur qui a coupé les barbelés. Franchir la frontière de cette façon est désormais un délit. Daniel Hailé a 46 ans. Il était soldat en Erythrée.

« Je ne connais pas la Hongrie. Mais j’aimerais vivre dans un pays où il n’y a pas la guerre, et où je pourrais faire venir ma famille. Je ne peux pas vivre tout seul, je deviendrais fou sans ma femme et mes enfants.»

Ces hommes ne sont pas de vrais demandeurs d’asile dit le procureur, qui veut les expulser en Serbie. L’avocate commise d’office lui renvoie la balle.

« La Serbie n’est pas un pays sûr pour les réfugiés. C’est très difficile d’obtenir l’asile, l’administration est surchargée ! »

Peu avant midi, La juge rend sa décision.

« Les prévenus qui ont comparu aujourd’hui sont coupables. »

Comme dans tous les procès, les accusés sont condamnés à être refoulés en Serbie. Mais celle ci refuse de reprendre les migrants. Du coup la Hongrie ne sait pas quoi en faire et les garde en prison. Ce que dénonce Babar Baloch, porte-parole du Haut-Commissariat de l’Onu pour les réfugiés à Budapest.

« Beaucoup de ces réfugiés se retrouvent en détention, alors qu’ils fuient pour échapper à la guerre ! C’est inacceptable. »

Après 2 mois de prison, certains migrants ont été libérés. Grâce au comité Helsinki, une association des droits de l’homme qui assure leur défense. Mais Ils seraient encore plus de 300 derrière les barreaux.

Et il y a chaque jour de nouveaux procès qui continuent à remplir les prisons.

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