Un reportage de Régis Genté, à Roustavi et Erevan, en Arménie

Chorik, militante arménienne ;

Nous ne voulons pas que l’Arménie fasse partie des pays autoritaires, comme la Russie et le Kazakhstan. Donc, nous sommes contre l’Union douanière.

Chorik rejette donc l’Union douanière de Poutine. Elle est l’une des rares, dans son pays, à oser le dire publiquement.

Début septembre dernier, le Président russe n’a pas laissé le choix à Erevan : l’Arménie a dû renoncer à son accord d’association avec l’Europe et doit désormais intégrer le grand projet géopolitique d’union russe, construit sur les ruines de l’URSS. La plupart des deux millions et demi d’Arméniens estiment qu’ils ne peuvent dire non à la Russie, elle qui les protège de ses voisins. Près de 100 ans après le génocide arménien, elle est donc toujours considérée comme une redoutable menace.

Comme les bazars du Caucase d’autrefois, le marché des voitures d’occasion de Roustavi, au Sud de la Géorgie, est un lieu où l’on peut entendre toute les langues de la région… de l’Arménien, du géorgien, de l’azéri… et du russe, lorsqu’il s’agit de faire affaire….

Tigran : Elle est de quelle année ta Mercédès ?

Le vendeur : 2006

Tigran : Ah …c’est une Diésel… Ouvre le capot ! On sait que bientôt, il y aura l’Union douanière. Les voitures vont couter cher après. C’est pour ça que je suis venu maintenant. Honnêtement, je ne sais pas combien ca coutera, mais je sais que ce sera beaucoup plus cher.

Comme Tigran, beaucoup d’Arméniens achètent des voitures européennes ou asiatiques sur le marché de Roustavi. Dans quelques semaines, l’Arménie devrait adhérer à l’Union douanière, y rejoindre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie. Et Roustavi ne verra peut-être plus guère d’Arméniens débarquer. La décision du 3 septembre de rejoindre cette Union n’est que politique. Tant pis pour la misérable économie arménienne. Seules 21% de ses importations proviennent de Russie. Le reste, 79% donc, coûtera désormais plus cher, du fait de droits de douanes plus élevés en Russie.

Mais, pour Gagik Gyoulboudaghian, du cabinet d’audit Grant Thornton, des ajustements se feront et l’entrée dans l’Union douanière ne sera peut-être pas si pénible. Pour lui, le problème réside ailleurs :

Avec l’Union douanière, il y aura aussi des points positifs, notamment pour les exportateurs arméniens. Mais ce qui ne va pas vient de problèmes internes à la Russie, comme la corruption ou les pratiques non démocratiques, et cela aura un mauvais effet sur les affaires en Arménie.

L’espoir d’une meilleure gouvernance était déjà maigre tant la classe politique arménienne est corrompue.

Mais au moins, estime Richard Giragossian, qui dirige le Centre d’Etudes Régionales, la référence à l’Europe, à une gouvernance transparente et démocratique, existait :

Le vrai danger, pour l’Arménie, c’est de se trouver embarquée dans le style autoritaire de Poutine, avec sa tentative de recréer une sorte de nouvelle Union soviétique. Et c’est sans doute le coup de grâce pour l’Arménie, pour sa démocratie et son développement économique.

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En Arménie, la Russie, on connaît. On se dit que l’on trouvera bien de quoi s’approvisionner sur le marché russe… Quant à se rapprocher de l’Europe, on se fait une raison en se disant que de toute façon, on n’était pas prêts.

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