Un reportage de Régis Genté, à Erevan, en Arménie

Firdous Zakarian : « La communauté des Arméniens de Syrie est très importante pour nous parce que ce sont des descendants des rescapés du génocide. »

bombardement des positions rebelles syriennes autour de damas
bombardement des positions rebelles syriennes autour de damas © reuters

Firdous Zakariane, du ministère arménien de la Diaspora, souligne la place particulière qu’occupent les Arméniens de Syrie dans l’histoire de son peuple. Près d’un million et demi d’Arméniens ont été massacrés depuis le début du XXème siècle et des dizaines de milliers d’entre eux étaient réfugiés en Syrie car ils y bénéficiaient du statut de minorité protégée.

Aujourd’hui, le conflit syrien les pousse à l’exode et ils sont 7.000 revenir dans une Arménie qui n’est pas la leur.

C’est en arabe que les petits Arméniens de la classe B de l’école Cilicie, installée depuis cet été à Erevan, apprennent leurs leçons.

Dans cette comptine, il est question d’espoir. 300 enfants fréquentent cette école, arrivés comme près de 7.000 de leurs aînés depuis l’été dernier, la situation devenant trop dangereuse en Syrie.

Tamara, professeur de musique, est venue en famille en juillet pour faire du tourisme en Arménie. Avec l’aggravation de la situation à Alep, plus question de rentrer.

Tamara : « On est venus qu’avec nos vêtements d’été ici. Quand on est partis il y a 8 mois, tout allait encore bien à Alep. C’est dans les villages autour qu’il y avait des conflits. Jusqu’à l’arrivée de ces problèmes, la Syrie était très sûre. Dans notre quartier, où des musulmans vivaient aussi, on s’entendait très bien et la vie était calme . »

Pro ou anti-Assad, ce n’est pas la question pour cette communauté dont la mémoire est à vif, la peur toujours là, un siècle après son génocide.

Les Arméniens de Syrie, rencontrés à Erevan, disent pratiquer librement leur culture et leur religion. Et ils ont une place de choix dans le bazar d’Alep, cité multiethnique où vivent la plupart d’entre eux. Aussi relative que soit la laïcité du régime, beaucoup des 100.000 Arméniens de Syrie craignent surtout l’arrivée d’islamistes au pouvoir et de subir le sort des chrétiens d’Irak, par exemple.

L’inquiétude est grande chez Alexandre Karadanayan, designer dans le textile, vice-président de l’association qui soutient ceux réfugiés en Arménie.

Alexandre Karadanayan : « On vient de commémorer l’anniversaire de la première victime arménienne, Vicken, qui servait dans l'armée. Il est mort dans une explosion terroriste. Aujourd’hui, beaucoup de gens riches sont kidnappés. Ce n’est pas que les Arméniens qu’on enlève, ça peut être les musulmans aussi. »

Des vêtements sont arrivés d’Allemagne, envoyés à leur association par la Diaspora.

Riche commerçant, petit employé… Ces catégories n’existent plus guère pour ces Arméniens syriens à Erevan, où trouver un emploi est difficile. Et puis, cette Arménie du Caucase n’est pas tout à fait la leur. Celle de leurs ancêtres, l’Arménie historique, se trouvait sur le territoire de la Turquie actuelle. C’est un drôle exode de retour que subissent ces Arméniens.

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