Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Une Bolivienne fidèle d’Ekeko, le dieu andin de l’abondance célébré lors de la traditionnelle feria des « Alasitas » qui s’est achevé il y a peu à La Paz :

Ekeko a beaucoup plus de cadeaux que le père Noël, il a des briques, du blé, du riz, du quinoa, et il a aussi des dollars. Il est plus puissant que papa Noël.

Statuette d'Ekeko
Statuette d'Ekeko © Phdela

Laferia des « Alasitas » s’est achevée il y a peu à La Paz. Il s’agit d’une fête indigène dont les origines remonteraient à deux millénaires et qui est l’occasion pour les Boliviens d’acheter des répliques miniatures de ce qu’ils souhaitent acquérir en taille réelle dans l’année.

Dela mini bouteille de bièreàla valise remplie de petits billets en dollars ou en euros,il y en a pour tous les goûts. Car Ekeko, ladivinité qui transporte sur son dos tous les biens matériels demandés, est censé réaliser leurs souhaits.

Il est petit, ventru, et porte fièrement la moustache et un chapeau. Ekeko, le dieu andin de l’abondance, est le personnage central des Alasitas.

Des statuettes à son effigie sont présentes dans tous les stands, dont celui d’Alicia :

Vous voyez il porte le panier de l’abondance, une valise, des billets, une guitare, une radio, une voiture, une casserole, un poisson, une maison… C’est pour ça que c’est en miniature, car il doit porter tout ça.

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Le principe des Alasitas : acheter en miniature ce que l’on désire obtenir en grandeur nature dans l’année.

Mais le pouvoir d’Ekeko ne s’arrête pas aux choses matérielles : on peut ainsi acheter son mini diplôme d’université ou offrir un petit coq de couleur blanche à la fille que l’on souhaite épouser.

Janet et Maria , deux fidèles des Alasitas, garantissent le résultat :

Il y a longtemps, on avait demandé à Ekeko de pouvoir émigrer à l’étranger, d’y fonder une famille, et de pouvoir étudier et avoir une meilleure vie. Et depuis, je vis en Argentine avec ma mère. Alors cette fois, je lui ai demandé du travail, et aussi de passer mon permis de conduire.

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Moi je lui ai demandé de l’argent. L’an passé je lui avais demandé une voiture pour mon fils et il a réalisé mon souhait. Je lui avais demandé un pick-up et mon fils a eu un pick-up.

Pour que les désirs se réalisent, il faut offrir une cérémonie à Ekeko. Un rituel qui coûte entre 1 et 4 euros et qu’Apolinario , un sorcier aymara, réalise chaque année :

Par exemple, si quelqu’un vient avec un minibus en miniature, on le bénit pour que le souhait se réalise. Pour qu’il obtienne le véhicule avec les papiers et l’assurance. Pendant le rituel, on donne à Ekeko de l’alcool, du vin, su sucre, du maïs, du riz, et de la coca. Et on lui allume aussi une cigarette. Tout ça pour qu’Ekeko soit satisfait et heureux.

Avant l'inauguration de la foire, David Choquehuanca, le ministre bolivien des affaires étrangères, a défendu les traditions andines contre les valeurs occidentales : « Si le père Noël entre par la cheminée, c'est que nous lui fermons nos portes », a-t-il expliqué, ajoutant qu’en revanche, Ekeko, était le bienvenu dans les foyers du pays.

Une position largement partagée dans la foule.

Une Bolivienne :

Le père Noël, c’est pour les enfants. En revanche, l’Ekeko c’est pour les grands et les petits, pour tout le monde.

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Si Ekeko est peut-être plus fort que le père Noël, pas sûr en revanche que sa fête représente des valeurs différentes. Une feria qui génère chaque année un chiffre d’affaires de plusieurs millions d’euros et dont le nom, « Alasitas », signifie en aymara « achète-moi ».

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