Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de RFI à Kaboul, en Afghanistan

Aryana Sayed :

J'étais très déçue. Quand j'ai commencé l'émission, j'espérais vraiment que beaucoup de filles se présenteraient. Mais malheureusement, nous n'avons eu qu'une candidate. J'espère toujours que l'an prochain, d'autres se lanceront.

Les difficultés des artistes afghanes
Les difficultés des artistes afghanes © Radio France / Nicolas Ropert

Aryana Sayed, est une artiste afghane, membre du jury de l'émission The Voice Afghanistan. Elle habite entre Londres et Kaboul pour des raisons de sécurité. La star a été plusieurs fois menacée pour être montée sur scène. Dans ce pays encore largement conservateurs, voir une femme artiste est contesté par une partie de la population. Aryana Sayed espère contribuer à faire changer les choses. C'est le reportage à Kaboul du correspondant de RFI et de France Inter, Nicolas Ropert.

Le décor est semblable à celui de l'émission diffusée partout en Europe. Dans le studio d'enregistrement situé à l'extérieur de Kaboul, une foule compacte de jeunes gens. Quelques filles sont aussi présentes pour assister à l'émission de télé-crochet. Parmi elles, Behesat , venue avec sa mère. Lajeune Afghane de 18 ans regrette qu'il n'y ait eu qu'une seule candidate et qu'elle ait été rapidement éliminée du jeu :

Je suis déçue qu'il n'y ait pas candidate femme. J'aurais aimé en voir mais malheureusement les conditions ne le permettent pas. C'est trop dangereux pour elles, c'est pour ça qu'elles n'osent pas. Un jour quand la sécurité reviendra, j'espère qu'elles pourront se produire sur scène. Moi j'aimerais être candidate, mais le problème c'est que ma famille ne m'autorise pas.

Dans ses chansons,Aryana Sayed, la jurée de l'émission , dénonce les aspects les plus conservateurs de la société afghane. Dans ses clips, elle porte des tenus sexy. Cette Afghane qui a grandi en Angleterre, est fière d'apparaître sans voile à la télévision. Elle espère faire évoluer l'Afghanistan :

Cette émission est très importante pour le pays, c'est vraiment spécial car c'est un vrai divertissement. Et les gens en ont besoin car ces choses là sont rares en Afghanistan. Bien souvent, le seul divertissement, c'est la télévision. Qu'on m'attaque verbalement, c'est difficile, ça me brise le cœur. Mais quand je vois les gens qui me soutiennent, les 80% de la population qui m'encouragent me donnent encore plus d'énergie pour continuer et pour ignorer ceux qui me détestent.

Protégée en permanence par un garde du corps, Aryana Sayed a été plusieurs fois menacée de mort. Mais elle est devenue un exemple estime Laïha Bowotani, une spectatrice venue assister à l'émission :

Pour moi, Aryana Sayeed est un symbole. C'est la voix de toutes les autres femmes afghanes qui n'ont pas la possibilité de se faire entendre. Vous savez, ici les femmes restent bien souvent à la maison. Donc Aryana Sayed est un exemple, elle mène un combat. Quand elle hausse la voix, elle donne le courage aux autres femmes de faire la même chose.

Une position qui ne plaît pas à tout le monde. Un parlementaire afghan a déclaré cet été le djihad contre cette émission qui véhicule, selon lui, des valeurs contraire à l'islam. Cependant, le succès de l'émission ne se dément pas. La chaîne qui diffuse The Voice a battu des records d'audience tout au long de sa diffusion.

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