Un questions-réponses réalisé avec Sarah Sakho, en direct de Yaoundé, au Cameroun

Paul Biya
Paul Biya © MREBRASIL

Les élections présidentielles auront lieu ce dimanche et le président sortant, Paul Biya, 78 ans dont 29 ans au pouvoir, affrontera pas moins de 22 candidats. Pourtant, le scrutin s’annonce sans enjeu.

Les Camerounais considèrent dans l’ensemble que toute alternance est impossible et que cette élection n’est qu’une formalité. Pourquoi ? D’abord parce qu’à leurs yeux, ces 22 candidats ne font pas le poids contre le président sortant. Aucun ne soulève réellement les foules. On est bien loin des années 90, où l’opposition connaissait ses heures de gloire –nombreux sont ceux qui estiment d’ailleurs que la victoire de 1992 a été volée à l’opposant historique John Fru Ndi alors extrêmement populaire. Aujourd’hui, cette opposition affaiblie, en rang dispersé bat campagne en se « débrouillant », comme on dit ici, face aux moyens colossaux du puissant parti du président. Et surtout, ces opposants constatent avec la société civile ainsi que de nombreux observateurs, un « verrouillage » de l’élection, notamment parce que son organisation est confiée à un organe réputé proche du pouvoir. La distribution des cartes d’électeurs est par ailleurs chaotique, les listes électorales truffées d’erreurs et de doublons… Autant d’éléments qui achèvent de décrédibiliser le scrutin aux yeux d’une bonne frange de la population, même si l’organe en charge de ces élections rassure et promet un scrutin transparent.

Au final, on a donc assisté à une campagne plutôt morose, où seuls les portraits géants du président Paul Biya placardés aux quatre coins de la ville ont donné un indice de la campagne en cours. Le président a même attendu dix jours après le lancement de la campagne pour apparaître publiquement et en personne à un meeting, un peu comme pour s’économiser au cours d’un scrutin qui serait gagné d’avance.

- Cette période électorale ne passionne pas les Camerounais, ce qui ne l’empêche pas de se dérouler dans un climat plutôt tendu

C’est une situation assez paradoxale ! L’incident de Douala survenu jeudi dernier est à ce titre très parlant : des hommes en treillis militaire ont fait feu sur un pont de la capitale économique en réclamant le départ du président Paul Biya avant de disparaître. Cet événement, qui aura eu pour principale conséquence de bloquer la circulation quelques heures, a provoqué une vague de psychose à travers le pays. Et ceci est très symptomatique de cette tension palpable à l’approche des présidentielles. Une note interne adressée aux employés de l’ONU au Cameroun leur conseillant de faire, entre autres, des réserves de carburant, a aussi été divulguée par la presse, créant un regain d’inquiétude. On a même vu des familles dans les supermarchés acheter des sacs de riz et faire des réserves alimentaires !

- Pensez-vous que cela pourrait être lié au contexte international, et notamment au Printemps arabe ?

Le Printemps arabe a balayé des dirigeants connus pour leur longévité au pouvoir et des responsables occidentaux ont fait des déclarations appelant à la fin des règnes trop longs. Depuis, le pouvoir semble craindre les réactions de la communauté internationale si le moindre dérapage était observé. Du coup, toute manifestation sur la voie publique hostile au Régime est interdite, un Code de bonne conduite a été distribué à la presse et empêche notamment les journalistes de rendre compte d’éventuelles contestations pour ne citer que ces exemples-là. Quand aux Camerounais, s’ils sont nombreux à se plaindre de leurs conditions de vie –40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté dans un des états les plus corrompus au monde-, ils semblent davantage craindre un changement qui sera forcément un grand pas vers l’inconnu que de l’attendre réellement.

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