Un questions-réponses réalisé avec Sarah Sakho, en direct de Yaoundé, au Cameroun

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cameroun © Radio France

Les homosexuels sont passibles de poursuites au Cameroun et l’homosexualité est punie par de la prison ferme. Dans ce pays, en moins d’un mois, sept hommes ont été arrêtés. Ils sont « accusés » d’être homosexuels.

La première concerne trois hommes arrêtés fin juillet dans un quartier animé de la capitale. Ils sont interpellés en voiture, selon la police, en plein acte sexuel.

Mais c’est une tout autre version que présentent les associations militantes et leur défense. Selon elles, c’est plutôt l’aspect féminin de deux d’entre eux –le port de perruques et talons hauts- qui aurait motivé cette arrestation. D’ailleurs, leurs avocats dénoncent le fait que les deux jeunes travestis attendent, eux, leur procès derrière les barreaux tandis que le troisième homme a, lui, été libéré sous caution ; ce serait une sorte de délit de faciès. Leur procès aura lieu le 27 septembre. Concernant la seconde arrestation qui a conduit, mi-août, quatre hommes en détention provisoire, on sait encore très peu de choses car l’affaire est en instruction. Il pourrait s’agir d’un piège –en l’occurrence la proposition de visionner un film gay. C’est, du moins, la seule information communiquée par leurs avocats. Dans les deux cas, les associations dénoncent des arrestations arbitraires, en l’absence de tout flagrant délit. Quelques deux cents personnes seraient ainsi interpellées chaque année.

- Ces affaires surviennent à quelques jours d’intervalle et le calendrier électoral n’est peut-être pas étranger à cette frénésie d’arrestations.__

Certains évoquent l’approche des présidentielles du 9 octobre. Le régime mené par Paul Biya défend le bilan de ses vingt-neuf années de pouvoir et pour les militants de la cause gay, à commencer par la célèbre Alice Nkom, il s’agit d’actes populistes, d’une sorte d’exutoire pour plaire aux populations. Il faut aussi savoir que la société camerounaise est très croyante et invoque, dans sa majorité, l’homosexualité comme une dépravation des mœurs.

Pour beaucoup, il s’agit d’une maladie de Blancs, étrangère à leur société ou même d’un rituel satanique. Autant dire que ces arrestations sont, pour beaucoup, justifiées. D’ailleurs, les procès pour homosexualité attirent des dizaines de curieux qui viennent voir à quoi ressemble ces « présumés homosexuels », un peu comme des bêtes curieuses.

- Et la situation va encore s’aggraver parce que le nouveau code pénal camerounais prévoit un durcissement de la loi.

Dans sa nouvelle version, l’article, qui punit l’homosexualité, détaille la peine encourue pour un acte entre adultes, mais aussi –c’est la nouveauté- avec un mineur de plus de 16 ans et avec un mineur de moins de 16 ans. Avec, on l’imagine, un risque de confusion entre homosexualité et pédophilie. Les associations, pour lesquelles cela n’est pas du tout fortuit, sont donc très inquiètes.

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