Un reportage de Léa-Lisa Westerhoff à Tanger, au Maroc

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La nai ssance de ces enfants n'était, pour la plupart, pas désirée. Pourquoi ? Parce qu’ils sont nés de couples non mariés et qu’au Maroc, les relations sexuelles avant le mariage -tout comme l’avortement- sont interdits. Les femmes qui tombent enceintes de cette façon représentent au moins 4% de la population marocaine, mais aucun programme d’Etat ne leur vient en aide.

Alors, ce sont des associations qui se battent pour la dignité des mères célibataires. Nous sommes allés dans l'une d'entre elles, à Tanger, dans le nord du Maroc.

Une crèche aux murs bleu ciel, dans un quartier populaire. Assise dans un coin de la pièce, visage souriant, traits tirés, Fatemzahara, 24 ans, berce son fils. Voilà deux mois qu’il est né, dans la douleur.

Fatemzahara : « Ça a été très difficile pour moi, je ne suis pas mariée, je suis toute seule. Ma famille est conservatrice, il y a des règles, tu comprends ? Surtout pour nous les filles ! Quand je suis tombée enceinte pour eux c’était un très gros problème, ils ne pouvaient pas comprendre, pour eux c’est honteux, tu dois nécessairement te marier…

-Et si tu leur avais dit que tu étais enceinte?

- Ils auraient pu me tuer... »

Son histoire, Fatemzahara la raconte en ravalant ses larmes. Elle est loin d’être une exception : comme elle, chaque année, des centaines de milliers de Marocaines tombent enceintes alors qu’elles ne sont pas mariées.

Un interdit absolu dans l’islam, qui force la plupart de ces femmes à se cacher ou à vivre exclues, comme le raconte cette autre jeune mère tombée enceinte à 20 ans.

Autre jeune mère : « Au départ, mon ventre ne se voyait pas trop et je pouvais travailler, mais dès qu’on a commencé à voir que j’étais enceinte, j’ai eu des problèmes. Personne ne voulait plus m’employer ou même me louer un appartement. J’étais presque à la rue, nulle part ou aller… »

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Installée aujourd’hui autour d’une table avec cinq autres jeunes mamans, Fatemzahra suit une formation d’aide cuisinière. Elle a fini par entendre parler de l’association à Tanger et y a trouvé refuge le temps d’accoucher.

Mais Claire Trichot, fondatrice de l’association « 100% maman » confirme : si les médias parlent plus ouvertement de ce problème de société aujourd’hui, ces mères célibataires sont toujours victimes de discrimination au quotidien, au travail, à l’hôpital, dans la rue…

Claire Trichot : « Ce sont des situations dramatiques, elles ne savent plus à qui s’adresser… Les familles les excluent, le père biologique disparait… Nous sommes toujours confrontés à cette réalité et nous avons toujours du mal à travailler réellement l’insertion sociale de la maman auprès de la société, de la famille, d’un employeur… Je ne vois pas de différence en six ans d’existence »

Le chemin pour la reconnaissance des mères célibataires est encore long, très long. Aujourd’hui, seul un tiers d’entre elles sont prises en charge faute de structure d’accueil. A Tanger, « 100% maman » est la seule pour tout le nord du Maroc. Quinze mères peuvent y trouver refuge le temps d’accoucher.

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