Un reportage signé Pascal Legrand, à Rangoon, en Birmanie

Aung San Suu Kyi : « Si notre parti parvient à être enregistré sur les listes électorales, nous serons légalement reconnus. Alors, les militaires n’auront plus d’excuses pour nous empêcher de nous exprimer »

Aung San Suu Kyi
Aung San Suu Kyi © JolieNY

Ainsi s’exprimait la Prix Nobel de la Paix et icône de la résistance birmane Aung San Suu Kyi lors d’un discours au siège de son parti le 19 novembre dernier. Depuis le mois de mars, la Birmanie connaît des changements historiques avec la libération de prisonniers politiques, l’instauration d’un droit de grève, des assouplissements de la censure ou encore l’appel au dialogue avec les minorités ethniques. La « dame de Rangoon » comme on la surnomme, espère pouvoir aider son pays à aller de l’avant en travaillant avec le nouveau gouvernement du président Thein Sein, qu’elle juge réformateur.

Le nouveau gouvernement, qui a commencé toute une série de réformes ces mois derniers, continue de surprendre en laissant le parti d’opposition s’enregistrer aux prochaines élections partielles de 2012. Aung San Suu Kyi et son parti vont ainsi revenir sur le devant de la scène politique et saisir l’occasion qui leur est donnée pour tenter de pousser plus en avant les réformes démocratiques. Une porte ouverte qui en surprend plus d’un, comme le rédacteur en chef de l’édition anglophone du quotidien birman Myanmar times , dont nous tairons le nom : « Ce que je trouve curieux, c’est que le gouvernement pousse la Ligue Nationale pour la Démocratie à s’enregistrer comme parti politique. S’ils étaient si enclins à garder le pouvoir, ils ne laisseraient pas la possibilité à des civils, à des gens qu’ils ne peuvent pas contrôler, de participer. Je pense qu’ils savent qu’ils ont perdu d’avance »

Autre bonne surprise de l’ouverture du régime birman : un certain nombre d’activistes qui avaient trouvé refuge dans la Thaïlande voisine sortent de l’ombre, comme les membres du mouvement Generation Wave. La moitié du groupe est toujours en prison, mais ces jeunes, téméraires, reviennent en Birmanie pour tester sur place les libertés nouvelles que le pays semble leur offrir. Ainsi Bobo, l’un des responsables de l’association, nous confie-t-il : « Avant 2011 nos actions étaient illégales. Nous organisions des rencontres secrètes. Maintenant, nous ne nous cachons plus. Le nouveau gouvernement veut montrer qu’il change, alors saisissons cette opportunité pour nous exprimer »

Tous ces témoignages recueillis récemment sur place prouvent que la situation évolue vraiment, et il semble assez inimaginable que les anciens généraux toujours au pouvoir puissent faire encore un virage à 180°. Après des années d’isolement politique, la Birmanie s’ouvre au monde et goûte, pas à pas, à la démocratie, pour le plus grand plaisir de son peuple. Certes, il reste encore beaucoup à faire dans un pays meurtri par tant d’années de dictature, mais les progrès sont là, perceptibles, et ils vont dans le bon sens.

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