Un questions-réponses réalisé avec Eric Samson, en direct de Lima, au Pérou

Cocaïne
Cocaïne © P - A - S

En Amérique Latine, on les appelle « las mulas » (les mules), les « bourriers » ou les « camellos » (les chameaux). Plusieurs noms pour une même réalité, celle des courriers humains utilisés par les réseaux de trafiquants de drogue pour transporter de petites quantités de stupéfiants. Ils sont de toutes les nationalités, mais la police chilienne vient de lancer l’alarme. Car victimes de la crise économique, de plus en plus de jeunes européens se laissent séduire par les cartels.

De combien de personnes parle-t-on ?

Tous les ans, près de 300 personnes sont arrêtées rien qu’à l’aéroport de Lima (au Pérou) avec de petites quantités de drogue.

Il y a des Péruviens bien sûr (un quart de ce chiffre environ), mais aussi beaucoup d’Européens ou plutôt d’Européennes, car ce sont souvent des femmes qui sont choisies par les trafiquants. Des Espagnoles évidemment, c’est la majorité, mais aussi des Portugaises et de plus en plus de personnes originaires d’Europe de l’Est. A Santiago, une Espagnole de 47 ans vient d’être arrêtée. Elle avait imprégnée un matelas gonflable de 2 kilos de chlorydrate de cocaïne.

Vendredi, un Bulgare de 38 ans a été arrêté au Salvador. Il avait avalé un kilo de cocaïne. Il en est mort, d’ailleurs, pendant que les docteurs étaient en train de l’opérer. Un autre bourrier a été trouvé mort la semaine dernière dans sa chambre d’hôtel à Lima, lui aussi victime d’une overdose suite à l’éclatement des récipients plastiques qu’ils avalent et qui ne résistent pas toujours dans l’estomac.

C’est donc un problème que l’on retrouve vraiment du nord au sud du continent. Tous les ans, des milliers de passeurs sont arrêtés : un sur dix parmi ceux qui tentent leur chance.

- Pourquoi l’alarme a-t-elle été donnée par la police chilienne ?

Parce que la Brigade anti-narcotiques de l’aéroport de Santiago a noté que le nombre d’Européens arrêtés en possession de drogue était en augmentation. Ces touristes ou pseudo touristes proviennent souvent de Bolivie ou du Pérou ; c'est là qu’ils se fournissent en drogue.

L’idée est de passer au Chili, puis de voyager en Europe. Le Chili n’a pas une réputation aussi sulfureuse que des pays comme la Colombie ou le Pérou. Sa police est réputée, en particulier pour refuser les pots de vin, donc les voyageurs arrivant en Europe de Santiago du Chili passent normalement plus facilement.

- La multiplication des passeurs européens est-elle vraiment une conséquence de la crise économique dans leurs pays ?

Il faut évidemment prendre leurs déclarations avec prudence. La plupart du temps, ils disent toujours que c’est leur premier voyage, que ce soit vrai ou pas.

Pas d’argent, pas de travail, une dette à payer, une hypothèque, l’incapacité d’acheter une nouvelle voiture… Ce sont, en général, des raisons économiques qui sont données, et en ce sens, la police pense que la crise doit pousser certains jeunes dans les bras des trafiquants. Pourtant, les voyages ne sont pas vraiment rentables par rapport au risque pris.

Les trafiquants paient généralement de 3.000 à 5.000 dollars le voyage réussi : pas vraiment suffisant pour sortir de la crise…

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