Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

Drapeau Corée du Nord
Drapeau Corée du Nord © erjkprunczyk

En Corée du Sud règne une ambiance de « chasse aux sorcières rouges ». De nombreux politiciens ou simples citoyens sont accusés d’être « Pro-Nord », et de soutenir l’ennemi communiste nord-coréen. Et le débat se fait de plus en plus violent, avec, parfois, des peines de prison. La Corée du Sud est une démocratie solidement établie depuis 20 ans.Et pourtant, afficher des positions pro-Corée du Nord reste interdit.

Tout à fait. Il existe ici une loi dite de « sécurité nationale » qui punit de peine de prison toute activité susceptible d’aider l’ennemi juré nord-coréen, ce qui inclut l’expression d’une opinion favorable au Nord. Ceci dit, les Sud-Coréens savent tous que la Corée du Nord est une dictature particulièrement violente… et les pro-Pyongyang sont ultra-minoritaires.

Cela n’empêche pas cette loi sur la sécurité nationale d’être de plus en plus utilisée, parfois en dépit du bon sens. L’exemple le plus frappant est cet artiste qui a détourné - à des fins parodiques - des affiches de propagande nord-coréenne : il a passé 40 jours en prison !

En fait, il y a en ce moment au Sud une instrumentalisation à des fins politiques de la question nord-coréenne. Les élections présidentielles sont dans 6 mois. Et pour le parti conservateur au pouvoir, agiter le spectre de la menace communiste et accuser l’opposition - progressiste - d’être pro-Corée du Nord est un moyen facile de la discréditer.

-Des députés pourraient même être expulsés de l’Assemblée, Frédéric ?

Deux parlementaires d’un petit parti de gauche, élus fin avril, sont accusés d’être aux ordres de Pyongyang. Le débat sur leur possible exclusion de l’Assemblée fait la Une des journaux depuis deux semaines.

D’autres politiciens favorables au dialogue, à une main tendue au Nord pour calmer les tensions, sont étiquetés "rouges". Récemment, un député conservateur a fait sensation à la télévision en affirmant, ouvrez les guillemets, « qu’à la question : "Kim Il-Sung et Kim Jong-il sont-ils des fils de pute ?", tout député devait pouvoir répondre "oui". » Fin de citation.

Récemment, de nombreuses arrestations d’espions à la solde du Nord ont été très médiatisées. A gauche, on parle carrément de « maccarthisme ». L’ambiance est tellement lourde que même des éditorialistes de la presse conservatrice appellent au calme.

Cette paranoïa a aussi gagné le Web, où des internautes patriotes partent à la chasse des sites et des messages pro-Pyongyang pour les dénoncer à la police. Le nombre de messages effacés et de comptes bloqués a été multiplié par 40 depuis 2008.

  • Il faut dire que dans cette ambiance de guerre froide, la Corée du Nord jette de l’huile sur le feu…

Il est difficile de promouvoir le dialogue et la réconciliation avec le régime nord-coréen, quand celui-ci lance des fusées, fait sauter des bombes nucléaires, attaque une île du Sud, lui coule un navire, et orchestre des rassemblements où des centaines de milliers de Nord-Coréens promettent de lyncher le président du Sud.

Cette semaine encore, Pyongyang a menacé de bombarder les principaux médias du Sud.

Mais la Corée du Sud, elle, est une démocratie. En clouant au pilori les partisans du dialogue avec le Nord, elle prend le risque de détériorer encore davantage ses relations avec Pyongyang, et de faire dangereusement monter des tensions à la frontière déjà très fortes.

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