Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de Radio France Internationale à Kaboul, en Afghanistan

Heater Barr, représentante de l'ONG Human Rights Watch en Afghanistan : « Les femmes dans la police afghane sont sans cesse confrontées au harcèlement sexuel de leurs collègues. Cela va parfois jusqu’à des agressions sexuelles ou à des viols et les femmes ne peuvent rien faire quand elles en sont victimes. »

Entrainement des policières afghanes
Entrainement des policières afghanes © Nicolas Ropert

Heather Barr, que vous venez d’entendre, est la représentante de l'ONG Human Rights Watch en Afghanistan. Dans un communiqué, l'organisation de défense des Droits de l'Homme s'intéresse à la condition des femmes dans la police afghane.

Et le constat est saisissant : absence de toilettes ou d'espaces séparés, harcèlement sexuel et parfois même viols, la liste des problèmes est longue. Et malgré ses bonnes intentions affichées, le ministère afghan de l'Intérieur est pointé du doigt pour son immobilisme.

Une vingtaine de femmes, en uniforme ou en civil, s'entraîne aux techniques d'autodéfense avec une formatrice venue d'Europe. Nous sommes dans un centre d'entrainement de la police à Kaboul. Traina, sergent, s'est engagée il y a 6 mois. La jeune femme d'une vingtaine d'année raconte ses difficultés.

Traina : « Non, évidemment ce n'est pas facile d'être une femme et de faire partie de la police. En particulier en Afghanistan, car beaucoup d'hommes considèrent que les femmes ne peuvent pas exercer le métier. Les relations avec mes collègues sont parfois difficiles. Mais avec le temps, ils voient que je suis capable de travailler. Le soutien de ma famille est important aussi pour moi. Ils m'encouragent donc ça va. »

Celle qui anime la formation aujourd'hui s'appelle Gwen Loontjens. Employée de la police néerlandaise, elle a remarqué un manque de confiance en elles des policières afghanes.

Gwen Loontjens : « Elles ont un bon niveau. Les Afghanes sont très motivées et prêtes à apprendre. Nous tentons juste de les rendre encore un peu meilleures. On leur répète qu'elles ne sont pas moins bien que les hommes, qu'elles ne sont pas stupides. On ne voit pas uniquement des améliorations concrètes mais aussi -et pour nous c'est important- on veut qu'elles se sentent respectées. Qu'elles puissent faire face en public et qu'elles puissent régler les problèmes là où elles travaillent. »

Les policières sont parfois sous-estimées, reléguées à des tâches administratives ou subalternes. Il n'y a que 1500 femmes dans la police afghane, soit 1% du total des effectifs. Un chiffre qui stagne depuis plusieurs années, ce que regrette Zarah, en poste depuis 4 ans.

Zarah : « C’est sûr, il n'y a pas assez de femmes dans la police. Nous devons en recruter davantage. C'est aussi l'un de mes rôles. En tant que chef du département des femmes dans mon district, j'incite les femmes à s'engager mais c'est très souvent difficile pour elles de nous rejoindre. Elles doivent le faire accepter par leur famille et la communauté. »

Suite à la publication du rapport de Human Rights Watch, le ministère afghan de l'Intérieur a réagi en assurant que beaucoup est déjà fait pour les policières. Une réaction qui ne surprend pas Heather Barr, la représentante de l'organisation à Kaboul.

Heather Barr : « C'est frustrant mais en même temps, c'est quelque chose de positif. Ils montrent qu'ils s'intéressent au sujet finalement. Et je préfère ça plutôt que le silence. Hier j'étais au quartier général de la police à Kaboul et ils avaient dessiné de jolis petits signes sur les portes pour montrer qu'il y a des vestiaires et des toilettes pour les femmes. Je peux vous assurer que ce n'était pas le cas la semaine dernière. Donc peut-être que nous avons été utiles. »

L'objectif fixé par les autorités afghanes d'atteindre 5000 policières fin 2014 semble impossible si rien n'est fait pour améliorer leur condition.

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