Un reportage de Pascale Guéricolas, à Montréal, au Québec

Yann Ropars : « La glace n’a pas le temps de se former. Le froid dure moins longtemps aussi. Il y a beaucoup moins de glace qu’avant »

Lasalle - les rapides de Lachine (fleuve St Laurent)
Lasalle - les rapides de Lachine (fleuve St Laurent) © douaireg

Les rives du fleuve Saint-Laurent, qui traverse le Québec, distantes de 40 à60 kilomètres, gèlent d’habitude entièrement en hiver. Mais depuis une dizaine d'années, ce phénomène a lieu de plus en plus tard et les glaces, de moins en moins épaisses, fondent à grande vitesse. C’est ce que constate Yann Ropars, ingénieur, ci-dessus.

Résultat : les vagues grignotent la côte et les habitations.

Alors, on cherche des parades.

Les deux pieds dans la neige, sur une plage du fleuve Saint Laurent, à Rimouski, le géographe Pascal Bernaché constate que la banquise, sur les rives, diminue d’hiver en hiver.

Pascale Bernaché : « On ne peut pas dire que la côte actuellement ait une protection complète assurée par les glaces, comme on avait il y a une quinzaine d’années par exemple. S’il arrive une tempête comme on a connu en décembre, les vagues pourraient facilement atteindre la côte . »

La tempête du 6 décembre 2010 qu’évoque le spécialiste en géosciences côtières, a frappé fort la maison familiale de Jimmy Gay, à l’entrée de la Gaspésie.

Jimmy Gay : « Cela frappait à l’entrée la porte, l’eau frappait là et mangeait tout un bout de terre. A chaque fois que l’eau arrivait, on avait un bout de terre qui partait. La moitié du garage est partie dans l’eau en une vague »

Comme une quarantaine d’autres propriétaires de maisons endommagées dans le coin, le couple a dû se résigner à faire démolir sa résidence. Pour l’ingénieur Yann Ropars, qui connaît bien le phénomène, l’urbanisation des rives contribue à leur érosion.

Yann Ropars : « De nombreux villages ont connu cet effet-là de poussée absolument incroyable de maisons dans des zones qui n’auraient jamais dû être déclarées constructibles. Les gens se sont tellement installés sur l’eau ou dans l’eau, qu’à certains endroits, on n’est pas capable d’installer des protections qui garderaient ces gens-là à l’endroit où ils sont, en les protégeant efficacement. Et quand on est capable de le faire, cela détruit le rivage. »

Ces murs de béton, ces empilements de rochers censés protéger les constructions humaines, aggravent le phénomène, comme l’explique le géographe Pascal Bernaché.

Pascal Bernaché : « Les vagues sont réfléchies par ces structures rigides là et cela va entrainer le sable ailleurs. Il va donc se produire un abaissement du niveau de la plage. Et cet abaissement du niveau de la plage va finalement augmenter les phénomènes d’inondations côtières lors d’évènements de tempêtes »

Comme les glaces auront sans doute disparu de l’estuaire du Saint-Laurent d’ici la fin du siècle, les scientifiques cherchent comment protéger la côte désormais.

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