Un reportage de Reza Nourmamode, à la Paz, en Bolivie

Paola Guttierez, assistante sociale de l’association « Femmes en quête de justice » : « Violence physique, violence psychologique, violence économique, coups, insultes, offenses, dénigrement. Tout découle du pouvoir que l’homme cherche à exercer sur la femme, sur sa compagne. »

La Bolivie vient d'être qualifiée par deux récents rapports des Nations Unies et de l’Organisation Panaméricaine de la Santé, de « pire pays d’Amérique Latine » en ce qui concerne les violences envers les femmes. Un pays où 7 Boliviennes sur 10 ont déjà souffert de violence au cours de leur vie.

Mais la société se mobilise et le gouvernement d’Evo Morales tente de mettre en place un outil législatif qui durcit les peines pour ce type de crimes.

Un outil qui ne fait pas l’unanimité au sein des associations de femmes.

Dans le petit et rudimentaire bureau de l’association « Femmes en quête de justice », les Boliviennes victimes de violence peuvent rompre le silence et recevoir une aide juridique et sociale. Rosa, 26 ans, est séparée depuis 2 mois de son mari, qui la frappait régulièrement.

Rosa : « Une fois, il m’a donné un coup de pied ici, près de la tempe et je suis restée inconsciente une demi-heure. Quand je me suis réveillée, mon visage était tout vert et il sortait encore du sang de mon oreille. Ça a traumatisé mes filles, elles ne veulent plus revenir à la maison. »

Hanali Huaycho avait quant à elle dénoncé en vain, à cinq reprises, son mari violent, un policier bolivien. Le 11 février dernier, la jeune journaliste a succombé après une ultime dispute et une quinzaine de coups de couteaux assénés devant les yeux de son fils de cinq ans.

L’affaire a fait la Une des médias et a mobilisé l’opinion publique contre la recrudescence des actes de violences commis envers les femmes. Des violences qui génèrent plus de 300 plaintes par jour dans le pays.

Monica Novillo, de l’ONG Coordinatrice de la Femme : « Cette hausse des violences est due au fait que les femmes participent de plus en plus à la vie publique. Et la société patriarcale et machiste dans laquelle nous vivons réagit contre ces modifications sociétales et répond de manière violente. »

Face à cette recrudescence, le gouvernement fait accélérer le vote d’une « loi intégrale pour garantir aux femmes une vie sans violence ». Le texte inscrit notamment le féminicide dans le Code pénal, un crime qui sera passible d’une peine incompressible de 30 années de prison.

Gabriela Montanio, présidente du Sénat bolivien : « Cette politique publique de renforcement des sanctions va avoir un impact immédiat contre l’impunité. Le processus d’éducation et de transformation de la société est quant à lui plus lent, c’est du moyen voire du long terme. »

Radio Deseo, « Radio Désir » en espagnol, appartient à l’organisation féministe « Des femmes qui créent ».

Au micro, la fondatrice du collectif, Maria Galindo, dénonce chaque matin le sexisme quotidien vécue par les Boliviennes. L’efficacité de la nouvelle loi intégrale pour lutter contre les violences faites aux femmes, elle n’y croit pas un seul instant.

Maria Galindo : « Cette loi est très mauvaise, surtout parce qu’elle donne encore une fois la majeure partie de la responsabilité à la police bolivienne. Et nous pensons que la police bolivienne est l’institution la plus corrompue, la plus violente, la plus machiste et la plus raciste du pays. C’est donc absurde de confier à la police la résolution d’un problème dont en plus elle se contrefiche. »

L’an passé, 120 féminicides ont été comptabilisés en Bolivie, pour zéro condamnation à ce jour.

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