Un reportage de Dephine Sureau, à Ywu, en Chine

Un homme d'affaire français : «Je suis venu l’année dernière, j’ai rencontré des Européens, des Espagnols, Italiens… Je suis là depuis une semaine et je n’ai rencontré aucun Européen. Je ne peux même pas dire que j’en ai rencontré un seul autre ! »

Commerçant chinois
Commerçant chinois © amekinfo /

C’est le témoignage d’un homme d’affaire français rencontré dans les allées du marché d’Yiwu,dans l’Est de la Chine, que vous venez d’entendre. Avec la crise de la dette en Europe, les acheteurs du Vieux Continent ont déserté ce réservoir de produits « made in China ». Un coup dur pour les exportateurs chinois dont les commandes ont dégringolé.

Car l’Union européenne est le premier débouché des exportations chinoises, c’est l’une des raisons qui pourrait pousser la Chine à aider financièrement la zone euro. Mais si la crise continue, certaines entreprises de l’Empire du Milieu pourraient ne pas survivre.

« Un océan de marchandises, un paradis pour les consommateurs » : le slogan d’Ywu est à peine exagéré. On trouve de tout ici : des jouets, des gadgets, de la vaisselle, ou des vêtements.

D’habitude, à l’approche de Noël, les allées du bazar sont prises d’assaut par des acheteurs venus d’Europe, mais pas cette année. Depuis que la zone euro a sombré dans la crise, Qian Mei, vendeuse de coussins, passe ses journées à attendre.

Qian Mei : « J’ai un client européen qui jusqu’ici venait 5 à 6 fois par an. Mais cette année, il n’est même pas venu une seule fois. Les coussins ne sont pas des produits de première nécessité. Avec la crise, il ne vend plus rien, nous non plus »

Confirmation dans le stand voisin : Nikos, un Chypriote qui fait de l’import-export entre la Chine et le sud de l’Europe, négocie le prix d’un lot de fleurs en plastique, mais le cœur n’y est pas.

Nikos: « Peut-être que j’achèterai, peut-être que je n’achèterai pas… Mes ventes ont chuté de 50%. Mais ma dernière chance est ici, parce qu’on peut acheter en petite quantité. C’est la seule option qui me reste pour faire des affaires »

1/5ème des exportations chinoises partent vers l’Europe et c’est pour ce marché que Zhu Lijian dessine et produit des tringles à rideaux. Ses clients français sont toujours là, mais les Italiens et les Espagnols n’ont rien commandé depuis juillet. Zhu a donc dû licencier.

Zhu : « On tourne au ralenti. J’avais entre 20 et 30 salariés. Maintenant je n’en ai plus que 10. Les commandes ont chuté de 20%. Nos pertes sont importantes. Nous avons aussi des clients qui ne peuvent plus nous payer. Ma femme est d’ailleurs partie en Europe pour tenter de récupérer cet argent. Je ne pense pas que la situation va s’arranger de sitôt, d’autant plus que nos coûts de production sont de plus en plus hauts. Entre ça et la crise, on se retrouve coincés »

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Avec une monnaie chinoise de plus en plus forte, qui pénalise les exportations et des salaires orientés à la hausse, les entreprises chinoises ont déjà réduit leur marge. Alors, si la crise de la dette s’aggrave en Europe, les moins solides devront mettre la clé sous la porte. A moins de se tourner vers le marché intérieur, qui, lui, est en pleine expansion. Encore faut-il avoir des produits qui séduisent les Chinois, ce qui n’est pas le cas des tringles à rideaux de Monsieur Zhu.

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