Reportage d'Estelle Maussio, correspondante en Angola

Amandio, journaliste pour la télévision angolaise dans la région de Moxico, à l'est de l'Angola :

Le retour de ce train, c'est une véritable bouffée d'air frais pour toute une population qui a besoin de renaître sur le plan économique et industriel.

Parfois, le train est bien plus qu’un moyen de transport. Il peut raconter l’histoire d’un pays et devenir le symbole de sa renaissance. C’est le cas en Angola, un géant d'Afrique australe grand comme deux fois et demie la France. Cette ancienne colonie portugaise est sortie totalement dévastée d’une guerre civile en 2002. Mais depuis plus de dix ans, le pays vit une reconstruction phénoménale grâce à sa manne pétrolière. A travers un énorme contrat avec la Chine, il a rebâti l’ensemble de son réseau ferré. La principale ligne, qui traverse le pays sur plus de 1000 kilomètres, a repris du service depuis quelques mois. Et elle rencontre un franc succès. Le train permet aux Angolais les plus modestes, ceux vivant en zones rurales, de rompre l'isolement, de faire du commerce et d'améliorer leurs conditions de vie.

Le train fait son grand retour en Angola
Le train fait son grand retour en Angola © Estelle Maussion

Joao :

J’ai choisi de prendre le train car je voulais tenter une nouvelle aventure. Je sais bien qu’il y avait une voie ferrée ici mais elle était à l’arrêt depuis très longtemps. Il a fallu attendre qu’elle ré-ouvre. Maintenant que c’est le cas, je l’utilise et je suis très content.

Comme Joao, ils sont des milliers d’Angolais chaque semaine à prendre le train pour traverser le pays d’ouest en est. Ils empruntent l’une des plus anciennes lignes de chemin de fer d’Afrique, qui relie la ville de Lobito sur la côte Atlantique à celle de Luau, à la frontière avec la République démocratique du Congo. Construite par l’ancien colonisateur portugais sur 1344 kilomètres, elle a été totalement détruite pendant la guerre civile qu’a connue le pays entre 1975 et 2002. Mais depuis le retour de la paix, l’Angola se reconstruit à toute vitesse grâce à son pétrole. Plus d’un milliard de dollars a été engagé pour réhabiliter la ligne, un travail entièrement réalisé par la Chine, souligne José Carlos Gomes, le directeur de la compagnie ferroviaire.

José Carlos Gomes :

A l’époque, ni les Européens ni les Américains n’ont voulu soutenir le projet. Le seul pays qui a répondu présent, en envoyant des travailleurs, c’est la Chine. Et elle est venue en force puisqu’elle nous a aidés à rebâtir les trois lignes de chemin de fer du pays. Aujourd’hui, les contrats sont en passe d’être honorés et qui sont les grands gagnants ? Le peuple angolais mais aussi l’Europe et les Etats-Unis, qui vont pouvoir utiliser le train pour transporter des minerais et alimenter l’industrie.

Car c’est bien l’objectif final : relier le réseau angolais à ceux des pays voisins pour faciliter l’extraction des matières premières dans toute l’Afrique. En attendant, la reprise des liaisons ferroviaires a d’ores et déjà redonné vie aux nombreuses régions rurales de l’Angola. Un de ses habitants, Bernardo, 62 ans.

Bernardo :

Le train apporte une foule de marchandises ici, de la nourriture, des vêtements, cela fait baisser les prix.

Le chemin de fer a aussi permis une explosion du commerce, dans les wagons, à chaque station et entre les villes et villages. Bref, il ouvre le champ des possibles pour une population encore largement confrontée au chômage et à la pauvreté.

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