Un reportage en Cisjordanie d’Emilie Baujard

réservoirs d'eau
réservoirs d'eau © Radio France / Benjamin Chauvin

Nous sommes au nord de la Cisjordanie entre Naplouse et Jénine. Il y a un an, la France y finançait un vaste projet de raccordement à l’eau potable. Désormais, 6 villages et 25 000 personnes y ont accès 24h sur 24. Un bonheur pour les habitants comme en témoigne Farida. Mais un an après, le syndicat des eaux qui gère la pompe fait face à des factures impayées qui pourraient mettre en cause la pérennité de l’approvisionnement.

La pompe, flambant neuve est installée en contrebas de la vallée, sur les terres de Maytahloun le plus important village raccordé au système. L’entrée du site est fièrement gardée par un Palestinien. Dans la salle de contrôle, Issa Dababat le directeur du syndicat des eaux de la région garde un œil sur le débit et la qualité de l’eau.

Issa Dababat : « Les gens ici souffraient de la rareté de l’eau et ils buvaient celle qu’ils faisaient amener par des camions citernes qui eux-mêmes récupéraient l’eau depuis des forages agricoles dont on ne connaissait ni la provenance ni la qualité. Donc ils souffraient de beaucoup de maladies à cause de l’eau »

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Autre constat, la consommation d’eau n’a pas explosé : 10 à 15% d’augmentation , souvent utilisée pour les jardins et les potagers. Les 25 000 habitants de la zone ont gardé une gestion traditionnelle et respectueuse de l’eau.

Une eau qui est aussi près de deux fois moins chère qu’avant. Pourtant, le syndicat des eaux fait face à de plus en plus de factures impayées. Kifayah Zakzouk une habitante du village d’Al Judaideh doit déjà plus de 200 euros.

Kifayah Zakzouk : « On a de l’eau en permanence et on sait qu’on ne va pas nous la couper même en cas de facture impayée. Moi, c’est pas que je ne veux pas payer mais je ne peux pas ! Mes fils sont tous fonctionnaires mais à cause de la crise économique, l’Autorité palestinienne ne paie pas leurs salaires. Alors, je ne peux pas payer ».

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Et la famille Zarzouk n’est pas la seule dans ce cas. En tout, il ya près de 200 000 euros d’impayés. Ce qui pourrait remettre en cause tout le système. Sans cet argent, le syndicat des eaux ne peut pas payer l’Autorité palestinienne qui gère la pompe et donc à terme, la pompe pourrait être arrêtée. Hervé Conan, le directeur de l’Agence française de développement à Jérusalem, qui a financé le projet.

Hervé Conan : « On est dans un respect de ce service de l’eau, mais qui fait face aujourd’hui à une culture de gérer son budget et de fait sans obligation forte de la part du gestionnaire de l’eau de couper le branchement s’il n’y avait pas paiement. De fait les gens reportent le paiement au mois d’après. Il faut donc qu’on mette en place des mécanismes d’obligation de paiement. Donc soit des coupures du branchement lorsque les gens ne payent pas ou ont accumulé une dette plus importante, soit mettre en place des compteurs prépaiements ce qui est demandé par la population. »

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Ces compteurs de prépaiements pourraient donc être installés prochainement. Car l’installation de Maythaloun se veut aussi être un projet pilote pour la Cisjordanie : à savoir un système géré du forage au robinet par des Palestiniens.

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