Un reportage de Sébastien Farcis à Bombay, en Inde

Professeur de maths virtuel : « Voici le triangle N°1 et ici, le triangle N° 2. Le premier est un triangle isocèle et le deuxième est quelconque. Aujourd’hui, nous allons étudier leurs différences »

Ecoliers en Inde
Ecoliers en Inde © Driss Delubac

Ce que l’on entend là est un cours de maths un peu particulier, puisque le professeur parle à ses élèves via une télévision !

Il s’agit là d’une leçon virtuelle, un système novateur d’enseignement mis en place depuis un an par la mairie de Bombay dans 147 classes de niveau secondaire. Quelques heures par semaine, un spécialiste fait cours depuis un studio et ce dernier est diffusé en direct dans une dizaine d’écoles de la ville à la fois.

Mais ce procédé novateur ne fait pas l’unanimité à Bombay.

Une vingtaine d’enfants âgés d’environ quinze ans sont assis par terre, le nez pointé vers l’écran de télévision d’1,5 mètre de large. Ils essaient, tant bien que mal, de suivre cette classe moderne de mathématiques. Mais rapidement, ils perdent le fil des nombreux calculs que le professeur aligne sur son tableau blanc, sans s’arrêter un instant.

Cela fait un an que les leçons virtuelles sont données dans cette école d’Andheri, au nord de Bombay, à raison de quelques heures par semaine. La directrice, madame Jain Savitri Nar, en est très satisfaite.

Mme Jain Savitri Na : « Grâce à ce système, les élèves apprennent vite, car ils voient mieux la leçon à l’écran, et découvrent les méthodes d’autres professeurs. Ils peuvent aussi poser des questions avec un micro s’ils ne comprennent pas. Vous savez, ces enfants vivent dans des bidonvilles, et c’est une chance qu’ils puissent accéder à ces moyens qui jusqu’ici étaient réservés aux écoles privées »

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Mais concrètement, l’interaction élève/professeur semble inexistante, car aucune des dizaines de classes connectée à cette leçon n’a osé interrompre l’enseignant. Du coup, ce système, qui a coûté environ 2 millions d’euros à la mairie de Bombay, a un intérêt pédagogique très limité, estime l’une des professeurs de mathématiques de cet établissement.

Professeur de mathématiques : « Quand on enseigne, il est très important de connaître le niveau de ses élèves, pour pouvoir s’adapter. Si on veut leur apprendre comment utiliser une formule, il faut d’abord être sûr qu’ils ont bien compris la base du calcul utilisé. Sinon cela ne sert à rien d’aller plus loin. Mais ce professeur qui est là bas dans son studio, il ne connait rien à leur niveau, et il a différentes classes à la fois. Les élèves aiment bien quand il utilise des images ou des vidéos récupérées sur Internet, mais dans le fond, la méthode ordinaire est bien, bien meilleure »

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Malgré ces limites, la mairie de Bombay aimerait à présent étendre ce système aux classes de primaire.

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