Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, en direct de Prague, en République tchèque

Lidice
Lidice © boutmuet

Ce dimanche 10 juin, les Tchèques commémoreront le 70ème anniversaire du massacre du village de Lidice par les nazis.

En 1942, ces représailles visaient à punir la population, quelques jours après l'exécution à Prague du représentant du Reich, Reinhard Heydrich, par de jeunes parachutistes tchèques et slovaques engagés dans la Royal Air Force.

Le 27 mai 1942, Heydrich quitte Prague pour Berlin, en décapotable et sans protection. Deux jeunes parachutistes Jan Kubis et Jozef Gabcik l'attendent à un carrefour. Les deux hommes avaient été parachutés quelques semaines plus tôt avec cinq autres engagés dans la Royal Air Force, dans la région de Moravie. Grâce au soutien de plusieurs familles, ils ont pu aller jusqu'à Prague et s'informer sur les déplacements de Heydrich.

Ce 27 mai, la mitraillette de Gabcik s'enraye. Kubis lance alors une bombe artisanale sur la voiture du représentant du Reich. Heydrich mourra sept jours plus tard des blessures infligées par des éclats de métal du véhicule endommagé.

La terreur nazie se déchaîne alors contre deux villages soupçonnés d'avoir abrité le commando : Lidice, le plus connu, et Lezaky. Les hommes sont exécutés, les femmes déportées, les enfants parfois "adoptés" par des familles allemandes. Gabcik et Kubis vont se cacher pendant trois semaines dans la crypte d'une église orthodoxe de Prague. Trahis, ils finiront par se suicider lors de l'assaut de sept cents gestapistes. - Pourquoi les Britanniques et le gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres ont-ils choisi d'assassiner Heydrich, plutôt que d'autres dirigeants nazis ? Heydrich, que l'on connaît moins que Himmler ou Göring, était sans doute, à 38 ans, l'homme le plus proche idéologiquement d’Hitler. Il était l'artisan de la solution finale dans les pays bohèmes. La résistance dans le pays étant inexistante, il vivait à Prague sans trop se protéger.

Pour les Anglais, son exécution était une manière de frapper un grand coup, d'encourager les résistances dans les pays occupés. On est au printemps 42, avant le siège de Stalingrad, et les forces de l'Axe ont jusque là remporté victoire sur victoire, sur tous les continents. Mais c'est Eduard Benes, le président tchécoslovaque, qui a été le vrai inspirateur de l'attentat : il voulait ainsi montrer aux Alliés que son pays méritait le retour de son intégrité territoriale après la guerre.

  • Ce 70ème anniversaire suscite bien plus d'intérêt que les précédents. Pour quelle raison ? Cela tient sans doute au fait que les Tchèques connaissent aujourd'hui beaucoup plus de choses sur ces évènements. Il y a 20 ans, ils découvraient tout juste que Gabcik et Kubis, simples "enfants du peuple" glorifiés par le régime communiste, étaient en fait des combattants de l'armée britannique.

Depuis, il y a eu beaucoup de films, de débats, de polémiques. Les Praguois peuvent, ces jours-ci, visiter sur une place du centre-ville, une reconstitution du camp de Mauthausen, où sont morts la plupart des hommes et des femmes qui avaient préparé ou participé à l'attentat.

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