Un questions-réponses réalisé avec Julie Vandal, en direct de Lagos, au Nigeria

Puit de pétrole en Seine et Marne
Puit de pétrole en Seine et Marne © Radio France / Bironautes.com

Le Nigeria, premier pays producteur de pétrole du continent africain, importe et subventionne paradoxalement la majorité de son carburant car il ne dispose pas de la capacité de raffiner le brut extrait de son sous-sol. Mais les subventions gouvernementales destinées à maintenir les prix de l’essence à un niveau bas sont bien souvent détournées, alimentant la corruption massive.

C’est ce que révèle un rapport parlementaire rendu public il y a quinze jours : l’équivalent de près de 5,2 milliards d’euros se seraient volatilisés en deux ans.__

Ce rapport fait suite à la grève générale de janvier dernier. Le pays avait été bloqué pendant six jours. Des millions de personnes étaient descendues dans les rues pour protester contre la hausse subite du prix de l’essence, suite à la suppression de la subvention sur les produits pétroliers. La protestation avait été vive et la population avait demandé à ce que la corruption dans le milieu des importateurs soit supprimée, plutôt que la subvention. Les autorités n’ont pas fait la sourde oreille et une enquête a été ouverte pour la période 2009-2011.

Ce rapport fait plus de 200 pages révèle que sur les 12 milliards d’euros de subvention alloués, près de la moitié a été engloutie en deux ans.

- Pourquoi a-t-on atteint un tel niveau de fraude ?

Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il faut savoir que le nombre de licences d’importations, les documents officiels qui permettent à une entreprise d’importer du pétrole, a explosé. Elles sont devenues l’instrument du clientélisme politique par excellence. En 2006, on en comptait 6 ; 36 en 2009, et pas moins de 140 en 2011.

Et puis, il y a la pratique : le rapport mentionne quelques cas édifiants. Beaucoup d’entreprises, par exemple, n’avaient absolument aucune compétence pour importer des produits pétroliers. Le texte mentionne le cas de deux sociétés américaines qui ont opéré avec un contrat des gestions des déchets et empoché près d’un million d’euros sans jamais importer d’essence.

La prolifération des importateurs a également rendu les contrôles plus hasardeux. En une journée, le gouvernement a payé 128 fois la somme de 9,2 millions d’euros, ce qui revient à distribuer quelques 4,8 millions d’euros toutes les dix minutes -ou comment siphonner les caisses de l’Etat.

Dans un autre cas, les organes de régulations et la marine ont signé les documents attestant de l’importation d’essence alors que le navire en question se trouvait en Afrique du Sud à la date où il devait accoster au Nigeria.

- Des sanctions sont-elles prévues contre ces importateurs ?

C’est la grande question. Le rapport met en cause le conseil d’administration de la NNPC, la compagnie pétrolière nationale ; les membres de la PPRA, l’agence chargée d’allouer la subvention et de hauts dignitaires, des politiciens… La plupart des personnalités citées - dont certains sont membres du gouvernement de Goodluck Jonathan - a nié toute implication. La Chambre des Représentants a demandé à ce que « des mesures soient prises en urgence ».

La corruption est certes un fléau endémique au Nigeria, mais jusque-là, aucune personnalité impliquée dans des affaires de corruption n’a été condamnée. Les populations sont donc assez sceptiques quant à d'éventuelles poursuites. Preuve de cet état d’esprit, le prix Nobel de littérature 1986, Wole Soyinka, a d’ores et déjà appelé la population à préparer une mobilisation contre cette fraude à la subvention.

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