Un reportage de Laurent Geslin, à Smolyan, en Bulgarie

Bulgarie (impression écran Google Maps)
Bulgarie (impression écran Google Maps) © Google maps

S amedi dernier, les Bulgares célébraient la veillée pascale le cœur lourd d’inquiétudes. Dans le pays le plus pauvre de l’Union européenne, où le salaire moyen ne dépasse pas 380 euros, les manifestations spontanées se succèdent depuis le début de l’année pour protester contre la hausse des tarifs de l’électricité et la baisse généralisée du niveau de vie, alors que des législatives anticipées auront lieu ce dimanche dans le pays.

Jour de deuil à Smolyan, une petite ville du sud de la Bulgarie, coincée dans une vallée des montagnes des Rhodopes. C’est aujourd’hui que l’on enterre Ventsislav Kozarev, 47 ans, mort de ses blessures après s’être immolé par le feu. Depuis le début de l’année, six personnes ont mis fin à leur jours en s’arrosant d’essence et plus de 200 autres se sont suicidées en Bulgarie.

La journaliste Mihaylina Dimitrova : « La situation ici à Smolyan est très difficile sur le plan social. La désintégration de la société est totale : nous sommes au vraiment au niveau de la survie. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les cas de suicide par immolation. C’est le premier dans la région et cela a beaucoup choqué les habitants. Car ce suicide n’est pas simplement lié à des problèmes familiaux ; il est lié à de très sérieuses difficultés sociales ».

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Ventsislav Kozarev était sans emploi, tout comme sa compagne, et l’assistance sociale venait de leur retirer la garde de leur enfant. Centre industriel important sous le communisme, le Sud de la Bulgarie est désormais l’une des régions les plus déshéritées du pays. A Smolyan, 12.000 personnes sont au chômage pour une population de 35.000 habitants. Dora Yankova est députée-maire de la ville et membre du Parti socialiste bulgare.

Dora Yankova : « Le gouvernement a mené des politiques d’austérité beaucoup trop violentes, ca suffit ! Les gens descendent dans la rue car ils ne supportent plus cette situation. Il faut de la rigueur mais tout en assurant un développement économique. »

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Les manifestations ont poussé cet hiver le Premier ministre Boiko Borissov à la démission, entraînant la convocation d’élections législatives anticipées durant lesquelles l’extrême droite espère bien faire une percée.

Selon Jasmina, une militante du parti nationaliste Ataka, pour sauver la population bulgare de la misère, il faut renationaliser les entreprises de distribution d’eau et d’électricité.

Jasmina : « Il faut que 51% des actions passent sous le contrôle de l’Etat, il faut que les bénéfices aillent au budget de l’Etat, particulièrement pour payer les retraites, et que les 49% restant soient distribués aux citoyens, qui pourraient alors acheter jusqu’à 5 actions chacun. »

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Des promesses qui sont loin de susciter l’enthousiasme de la population bulgare. A Smolyan, il y a bien longtemps que plus personne n’écoute les hommes politiques.

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