Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Maximo de la Cruz est membre des Ponchos Rouges, une organisation paysanne indigène qui soutient la fronde d’une partie de l’armée bolivienne:

Le racisme et la discrimination continuent d’exister au sein de l’armée, et nous ne voulons plus de ça. C’est pour cela qu’il faut décoloniser, comme l’a toujours répété notre propre président.

drapeau bolivien
drapeau bolivien © radio-france

La frondea duré près de trois semaines et continue d’embarrasser fortement le gouvernement du socialiste Evo Morales.

Les militaires de bas rang réclament la « décolonisation » de l’armée bolivienne, dénonçant une discrimination des soldats d’origine pauvre et indigène et demandant pour ceux-ci un meilleur accès aux promotions au sein de l'armée.

Une grève inédite et qualifiée d’illégale par le ministre de la Défense, Ruben Saavedra, dont les manifestants réclament la démission.

Cette révolution militaire ne peut plus s’arrêter ! Vive la décolonisation des Forces Armées !

Ils sont environ 1.000 sur les 11.000 sous-officiers que compte l’armée bolivienne, à être entrés en rébellion contre le haut-commandement.

Ces deux dernières semaines, ils ont abandonné leurs casernes et ont multiplié les manifestations dans les rues de La Paz pour exprimer leur mal-être.

Le sous-officier Portillo fait partie des militaires grévistes :

Le haut commandement ne nous considère que comme une troupe, comme des soldats de base. Ils nous humilient, nous discriminent, nous traitent comme une sous-catégorie.

Ce que réclament les sous-officiers, c’est la « décolonisation de l’armée bolivienne ». Un terme directement issu du programme politique du président Evo Morales. Le principe : remplacer les systèmes de valeurs occidentaux par un mode de fonctionnement inspiré des traditions indigènes du pays. La justice, ou encore l’éducation, ont ainsi déjà fait l’objet de lois « décolonisatrices ».

Pour le sous-officier Félix Magné, c’est désormais au tour de l’armée de se soumettre à cette doctrine :

Pour entrer à l’institut militaire des officiers, il faut avoir des privilèges. Les gens du peuple, les gens qui ont peu de ressources, c’est à dire les indigènes, ne peuvent entrer qu’à l’école de formation des sergents. Notre constitution parle de décolonisation de l’Etat mais le colonialisme, c’est justement les hiérarchies, les niveaux, les différences sociales à l’intérieur d’une institution. Ce que nous demandons, c’est qu’il n’existe plus de militaires de première catégorie et de deuxième catégorie. Nous voulons qu’il n’y ait plus qu’un seul corps d’armée. Et que tous ceux qui commencent depuis le bas puissent avoir la possibilité d’accéder un jour au plus haut-grade, celui de général.

A moins de 6 mois des élections générales, le gouvernement accuse le mouvement d’avoir des arrière-pensées politiques, et évoque même une tentative de « coup d'Etat ».

Le ministre de la présidence, Juan Ramon Quintana :

La loi fondamentale des forces armées, c’est la hiérarchie, la discipline et l’obéissance. Etre soldat, ce n’est comme être sociologue, ce n’est pas n’importe quelle profession. Ceux qui ont encouragé cette attitude de contestation et de défi à l’autorité de l’Etat, mettent en danger la sécurité de l’Etat et mettent en danger la sécurité de la société.

Les militaires rebelles viennent d’obtenir la réincorporation des quelque 700 sous-officiers grévistes, qui avaient été congédiés pour « sédition » et « mutinerie ». En échange, ils ont accepté de retourner dans leurs casernes et de dialoguer en interne avec le haut-commandement, tout en menaçant de reprendre les manifestations en cas d’échec des négociations.

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