Un questions-réponses réalisé avec Olivier Bonamici, en direct de Lisbonne, au Portugal

L'orthographe du Portugais, parlé par plus de 240 millions de personnes dans le monde, vient d’être réformée. Et les nouvelles règles sont appliquées au Portugal depuis septembre dernier dans les écoles et depuis janvier dans l'administration. Pourquoi cette réforme ?

Cette réforme a pour objectif d'unifier l'orthographe de la langue portugaise, car il existe deux graphies officielles. L'une est appliquée au Portugal et dans tous les pays africains lusophones ; la seconde est celle qui est en vigueur au Brésil. Les différences entre ces deux orthographes, avant cette réforme, n'étaient pas substantielles. Cela rendait par exemple compliquée l'élaboration de documents officiels ou encore de dictionnaires. D'une façon générale, ces différences posaient des difficultés au niveau de la diffusion internationale du portugais. C'est donc cette situation qu'ont voulu corriger les instigateurs de cette réforme adoptée en 1990, mais qui vient seulement d'entrer en vigueur dans la fonction publique au Portugal. Cette réforme concerne plus de 6000 mots de la langue portugais au total. Les Portugais ont jusqu'en 2015 pour s'y habituer, date à laquelle ils seront obligés d'adopter la nouvelle orthographe.

  • Justement, cette réforme est-elle bien acceptée par les Portugais ?

    Dans l'ensemble, non. La majorité des Portugais vit cette réforme comme une humiliation. Ils ont le sentiment que c'est le Brésil qui a voulu imposer son orthographe à l'ancienne puissance coloniale. Car c'est un fait, la réforme de l'orthographe affecte surtout le portugais écrit au Portugal : plus de 5.000 mots s'écrivent désormais autrement, alors qu'il y en a environ 1.000 au Brésil.

Pour les Portugais, c'est un signe des temps : le Portugal, en pleine récession, n'a plus le dernier mot face à un pays émergent comme le Brésil. Selon les détracteurs de cette réforme, cet accord sert avant tout les intérêts géopolitiques brésiliens.

Mais la principale critique consiste à dire que cette réforme modifie en profondeur l'orthographe qui était jusque là appliquée au Portugal, si bien que les Portugais ne reconnaissent plus parfois la langue qui est la leur.

- Une critique justifiée ?

Oui, vraiment. Rien à voir, par exemple, avec la réforme de l'orthographe de la langue française dans les années 90, dont les modifications concernaient surtout la suppression de certains accents ou la soudure de quelques mots et la disparition de quelques traits d'union.

Pour le portugais, on a tout cela aussi, mais on est allé beaucoup plus loin puisqu'au Portugal, avec cette réforme, la langue écrite se rapproche de plus en plus de la langue parlée. Plein de mots possédaient des consommes muettes. Elles ont tout simplement disparues ! Par exemple, « acteur » se dit « actor » et s'écrivait « actor » (on ne prononçait pas le « C ») ; et bien le « C » a été supprimé, comme c'était le cas déjà au Brésil. Autre exemple, « humido » (cela veut dire « humide ») s'écrivait comme en français, avec un « H ». Ce « H » on ne l'entendait pas : « Umido » commence désormais par un « U » ! Vous imaginez un peu le choc pour certains Portugais, furieux de voir dans les journaux, dans les livres, autant de lettres qui disparaissent...

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