Un questions-réponses réalisé avec Sophie Guesné, en direct de Sarajevo, en Bosnie

Les Balkans
Les Balkans © cod_gabriel /

L’année 2011 est une année de recensement pour toute l’Europe, mais aussi pour les pays candidats à l’Union européenne. Et si chez nous, le recensement n’est qu’une simple opération statistique, dans les Balkans, il attise les tensions car il soulève la question de l’évaluation des minorités.

Absolument. Dans les Balkans, compter la population, cela signifie aussi mettre à jour le rapport de force numérique entre les différentes communautés qui vivent dans un pays. Ce n’est donc pas juste une question de statistiques, mais bien de politique.

La région est composée d’une mosaïque de communautés qui ne correspondent pas aux frontières étatiques, avec pour conséquence plusieurs minorités dans chaque pays.

Et les questionnaires de recensement incluent, ici, par habitude, des questions facultatives sur la langue maternelle, l’appartenance ethnique et la religion.

- Si les recensements se sont globalement bien déroulés en Croatie, au Monténégro et en Serbie, cela n’a pas été le cas en Macédoine

Dix ans après l’accord de paix d’Ohrid, les tensions entre Macédoniens et Albanais –première minorité du pays– restent fortes et le recensement, qui avait commencé, a tout bonnement était interrompu à quatre jours de la fin : plusieurs membres de la commission du recensement ont en effet démissionné après avoir observé des irrégularités sur le terrain et notamment un désaccord persistant sur le décompte des personnes originaires de Macédoine vivant à l’étranger. L’enjeu est réel, intimement lié aux droits des minorités. Les Albanais doivent par exemple représenter plus de 20% de la population d’une ville macédonienne pour profiter d’un bilinguisme administratif.

- A côté de la Macédoine, le cas de la Bosnie est également compliqué : le recensement n’a même pas pu débuter !

En Bosnie, l’enjeu est un peu différent. Ici, le dernier recensement de la population remonte à 1991 –donc avant la guerre, avant les déplacements de population. Obtenir de nouveaux chiffres permettrait ainsi de comparer l’avant et l’après guerre et de mesurer les conséquences réelles du nettoyage ethnique.

Mais les députés n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Les Serbes de Bosnie voulaient inclure des questions ethniques dans le questionnaire, mais les Bosniaques et les Croates de Bosnie ont refusé. Pour eux, un tel recensement aujourd’hui risquerait de figer le nettoyage ethnique qui a eu lieu durant la guerre et la partition géographique du pays en fonction des communautés.

Faute d’accord, le recensement a pour le moment été reporté à octobre 2012, sauf imprévu ou nouveau développement politique.

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