Un reportage de Sébastien Farcis, à Bombay, en Inde

Gulshan Giri : « Cela fait 22 ans que je roule des galettes. Ce travail m’a permis de marier mes filles et m’a rendu indépendante. J’en suis fière . »

Gulshan Giri fait partie d’une entreprise indienne exceptionnelle, montée il y a plus de 50 ans par 7 femmes sans éducation, avec moins de 10 dollars de fonds.

Cette entreprise de fabrication de galettes traditionnelles indiennes fait aujourd’hui travailler 43 000 femmes, toutes actionnaires.

L’année dernière, son chiffre d’affaires a même dépassé les 100 millions d’euros.

Son secret : le partage des responsabilités et des profits, et une production totalement manuelle, réalisée chez les travailleuses.

Plongée dans le modèle économique alternatif de cette coopérative appelée Lijjat.

Une femme : « Nous utilisons cette machine pour mélanger la pâte. Nous mettons 11 kilos de farine, 5 litres d’eau et du poivre noir, le « masala » comme on l’appelle. Et puis, nous mélangeons le tout. »

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Il est 7 heures du matin et l’activité bat son plein dans le sous-sol de la branche de Bombay. Les 800 femmes qui y sont rattachées viennent chercher la pâte qui leur servira à rouler à la main et au rouleau, les fameuses galettes indiennes appelées Papad. Gulshan Giri a pris 22 kilos de pâte.

Gulshan Giri : « Nous allons rouler toute cette pâte aujourd’hui, dans la maison et sur la terrasse, avec mes 5 enfants. Mon mari n’a pas d’emploi, c’est donc ce travail qui fait vivre toute la famille depuis 20 ans. Grâce à Lijjat, je suis maintenant indépendante »

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Les 43 000 femmes de cette coopérative, réparties dans toute l’Inde, doivent rouler un minimum de 5 kilos de galettes par jour, et sont payées 50 centimes d’euro le kilo. En plus de cela, en tant que copropriétaires, elles touchent des dividendes sur les profits. Dans cette branche de Bombay, ils se sont élevés à 300 euros par an par personne en 2011. Swati Paradkar a commencé comme rouleuse à l’âge de 10 ans. Elle est aujourd’hui la présidente nationale de Lijjat.

Swati Paradkar : « Dans notre organisation, vous devez avoir commencé par rouler des galettes si vous voulez prendre des responsabilités. Moi, je suis passée par tous les postes ici, donc je peux comprendre les problèmes des travailleuses mieux que n’importe quelle personne diplômée d’une grande université. Et aujourd’hui, je reçois les mêmes dividendes que les rouleuses de galettes. Notre principe fondateur est d’offrir du travail à un maximum de femmes, pour qu’elles deviennent indépendantes. Ainsi, nous n’utilisons quasiment pas de machines, car cela enlèverait des opportunités d’accueillir de nouvelles sœurs. »

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Lijjat a ouvert 4 nouvelles branches en Inde l’année dernière, et exporte aujourd’hui ses galettes en Europe et aux Etats Unis.

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