Un reportage de Gabriel Kahn, à Manille, aux Philippines

Un militant anti-avortement : « L’avortement n’existe pas aux Philippines. Nous, les catholiques, nous luttons pour conserver cela, et nos frères musulmans nous soutiennent. Nous voulons que la vie soit préservée ».

Famille philippine
Famille philippine © Lon&Queta

Avortement, contraception, éducation sexuelle… Autant de sujets qui font débat depuis des années aux Philippines.

L’église catholique mobilise régulièrement ses fidèles contre un projet de loi sur la planification familiale. Ce dernier fait la navette depuis 12 ans entre le Congrès et le Sénat des Philippines.

Le Président Benigno Aquino, qui le soutient, se voit même menacé d’excommunication par l’église catholique.

A 41 ans, Percival Albaguete est déjà veuf. Sa femme, plus jeune que lui, est morte en couche l’année dernière en tentant de mettre au monde son onzième enfant. Le destin de cette femme n’est pas exceptionnel aux Philippines. Ces cinq dernières années, la mortalité maternelle y a augmenté de 35%.

Percival Albaguete : « Après notre quatrième enfant, nous sommes allés demander dans un hôpital public une stérilisation tubaire. Mais le médecin a refusé de faire cette opération. Après, ma femme a eu de plus en plus de mal à accoucher. Elle a eu plusieurs crises cardiaques »

Désormais, Percival assume seul l’éducation de ses 10 enfants. L’une de ses filles est enceinte à son tour et il a décidé de l’accompagner dans un centre de santé un peu spécial. Financé par des donations internationales, il est le seul dans son quartier à promouvoir la contraception. Carmen Corsiga est médecin dans cette clinique.

Carmen Corsiga : « Nous sommes dans un quartier très pauvre. Les femmes n’ont pas les moyens ici d’acheter des contraceptifs et d’avoir accès à la planification familiale. Dans ce centre de santé, nous faisons notre possible pour les aider. Mais ce n’est pas assez. Nous manquons de moyens »

Une loi très attendue sur le planning familiale est bloquée depuis plus de 12 ans par l’église catholique, toute puissante aux Philippines. Mais les manifestations en faveur de cette loi se multiplient. Juddy Ann Miranda est secrétaire générale du Parti des Travailleurs.

Juddy Ann Miranda : « Aujourd’hui, c’est le moment de sauver des vies. En l’absence de loi sur la planification familiale, des millions de vies de femmes sont en danger à cause du manque d’équipements dans les hôpitaux, de méthodes viables de planification familiale, de services de santé »

A l’appel de l’église catholique, plusieurs milliers de fidèles, de religieuses et d’écoliers se sont rassemblés à Manille pour exprimer leur rejet de ce projet de loi. L’épiscopat catholique, fort de ses quelques 80 millions de fidèles dans ce pays qui atteint les 100 millions d’habitants, mène un combat acharné contre la promulgation de cette loi et a menacé le président des Philippines d’excommunication.

Parmi les manifestants, vêtus en rouge pour la circonstance, Arturo Dizon est le coordinateur de la « Fondation du Christ pour la famille et la vie ».

Arturo Dizon : « Nous sommes réunis ici cet après-midi pour apporter notre soutien à ceux qui préservent la famille et veulent defendre la vie. Car nos législateurs poussent en faveur d’un projet de loi qui pourrait entrainer la mort de beaucoup de nos enfants »

Chaque messe, aux Philippines, est ponctuée par des prières hostiles au projet de loi sur la planification familiale. L’Eglise des Philippines s’oppose à la distribution gratuite de contraceptifs. Pourtant, de nombreux prêtres et religieuses reconnaissent en privé que cette loi est très attendue par les femmes de ce pays.

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