Un reportage de Bineta Diagne, à Dakar, au Sénégal

Ndèye Lucie Cissé, députée à l’Assemblée :

Il y a énormément de préjugés par rapport aux femmes en politique. Les hommes pensaient que nous serions 64 bonnes femmes là bas et que cela n’allait pas se refléter !

Rassemblement, Sénégal
Rassemblement, Sénégal © Alexis Demeyer

Au Sénégal, la parité est appliquée en politique depuis peu. Depuis l’an dernier, l’Assemblée nationale comprend 64 femmes sur 150 députés. Des femmes qui peuvent désormais soumettre des idées de réformes, apporter de nouvelles orientations aux politiques publiques, participer aux débats qui agitent la société. Pour la plupart, ces femmes ont connu un parcours difficile : pas facile de s’imposer dans une société dans laquelle le statut de la femme est encore négligé.

C’est une députée bien pressée, mais qui prend le temps d’écouter. Vêtue d’une tenue traditionnelle, dossiers sous le bras, Elène Tine court d’un bureau à l’autre pour répondre aux interrogations d’organisations féminines. Cette femme d’âge mûr siège à l’Assemblée nationale dans la commission chargée des questions de Santé. Originaire de la région de Thiès, Elène Tine s’est engagée tardivement en politique pour, dit-elle, apporter « des changements en profondeur » dans la société. Car elle le sait bien: aujourd’hui encore, en milieu rural, les femmes sont reléguées au second rang :

Dans mon village, les femmes n’avaient pas accès aux soins de santé maternel. Il n’y avait pas de poste de santé, pas d’accès à l’eau courante, il n’y avait pas d’accès aux ressources, donc à la terre, parce que dans ma culture traditionnelle, la femme n’hérite pas et donc n’a pas de biens. Donc il y avait beaucoup de discrimination vis-à-vis des femmes.

En 2010, le Sénégal adopte une loi instaurant la parité absolue entre les hommes et les femmes dans les institutions électives. C’est une première et depuis l’an dernier, 64 femmes siègent à l’Assemblée nationale. Auteure d’un livre sur la parité, la sociologue Fatou Sarr Sow dresse le portrait-robot des femmes députés : cette chercheuse veut surtout démonter des idées reçues et prouver que les femmes engagées en politique ont des compétences.

L’étude que nous avons mené a démontré que les femmes qui ont fait des études supérieures sont beaucoup plus nombreuses, parce qu’elles représentent 37,5% des femmes de l’Assemblée. Au-delà de leur niveau d’éducation, il fallait voir leur profil socio professionnel, pour découvrir que c’étaient des personnes qui étaient des enseignantes ou des commerçantes… qui avaient des activités économiques et que ce ne sont pas des parasites.

Les femmes participent désormais pleinement aux débats, apportent des idées de réformes de la société. Parmi ces réformes, figure une loi qui permet aux Sénégalaises mariées à un étranger de transmettre leur nationalité à leurs enfants. Ndèye Lucie Cissé planche sur des peines de prisons plus sévères concernant les viols :

Nous allons nous battre au niveau de l’Assemblée nationale pour faire reconnaître les droits des femmes. Je suis en train de voir comment je vais travailler à ce qu’on criminalise la loi sur le viol. Ce sont des emprisonnements d’un an, deux ans, ensuite on les laisse sortir… Des marabouts qui violent 18 petites filles, etc. Si on arrive à avoir des emprisonnements de dix ans ou même au-delà, je pense que cela fera réfléchir.

Malgré ces avancées, les femmes à l’Assemblée restent vigilantes. En mars prochain, le Sénégal organise des élections locales. Pour Elène Tine, tout l’enjeu, c’est de voir si les femmes parviennent à maintenir leur présence dans ces joutes électorales, notamment en milieu rural, où le patriarcat est toujours bien ancré.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.