Une questions-réponses réalisé avec Julie Vandal, à Abuja, au Nigeria

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Dans la capitale fédérale Abuja, le 26 août dernier, un attentat suicide contre le siège de l’ONU a entraîné la mort de 23 personnes. C’est la première fois que la communauté internationale est visée par un acte terroriste dans le pays et l’influence de la branche sahélienne d’AQMI, Al Quaïda au Maghreb islamique, pourrait y être pour quelque chose.

L'enquête est en cours, mais c’est déjà ce qu’ont laissé entendre les autorités. Pour bien comprendre ce qui se passe, l'attentat a été revendiqué par un groupe islamiste local qui se fait appeler Boko Haram. En langue Haoussa, cela signifie “l'éducation occidentale est un péché”. Cette secte est active dans le Nord-est du Nigeria et elle demande l’application d’un Etat islamiste total. En août 2009, le groupe avait créé un soulèvement général, qui avait été violemment réprimé par l’armée. Plus de 800 personnes étaient mortes en quatre jours. Les autorités pensaient que cela avait anéanti la secte, mais c’est tout le contraire. A partir de ce moment-là, ses membres sont entrés dans la clandestinité. Et depuis un an, ils multiplient les actions avec des moyens de plus en plus sophistiqués, comme l’utilisation d’explosifs à distance. Pour de nombreux observateurs, cela tendrait à prouver que le groupe nigérian aurait établi des liens étroits avec la branche sahélienne d’Al Quaïda, au Maghreb islamique, qui est active au Niger voisin. L’attentat au siège des Nations Unies tend à confirmer cette théorie.

- Quels genres de liens auraient tissés le groupe Boko Haram et AQMI ?

Aqmi chercherait un axe de pénétration au Sud. Début février 2011, Abdelmalek Droukdel, l’un des patrons du groupe terroriste, avait d’ailleurs lancé un appel sur Internet aux musulmans du Nigeria, en leur proposant de les armer et de les former. Concrètement, selon les informations dont on dispose, les armes descendraient au Sud et les Nigérians remonteraient vers le Sahara pour s'entraîner aux pratiques djihadistes. Les allers et venues se font par la frontière Nord-est, dans la région du lac Tchad, aux confins du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun. La tâche n’est pas très compliquée : les frontières sont poreuses et ces zones partagent deux langues communes, le Haoussa et le Kanouri, ce qui facilite les échanges discrets.

  • Il y a donc un risque réel de montée de la violence dans la région.

C’est certain. Les Nigérians ont été choqués par cet attentat kamikaze. Ils pressent les autorités d’agir et de renforcer la sécurité. Mais le défi est énorme et complexe. Une coopération régionale est nécessaire, mais il y a aussi, derrière cela, des enjeux de politique nationale. Le Nigeria, c’est 150 millions d’habitants, dont environ la moitié de confession musulmane, qui vivent dans un Nord de plus en plus pauvre. Beaucoup de jeunes sans emplois se sentent lésés face au Sud plus prospère économiquement, d’autant plus lésés qu’à l'élection présidentielle d’avril 2011, leur candidat favori avait perdu, ce qui avait occasionné de violentes émeutes. Ce ressentiment est donc non seulement un terreau favorable pour le terrorisme, mais il alimenterait l’activisme de certaines élites politiques locales qui soutiendraient en sous-main la secte Boko Haram afin de mettre le pouvoir central en porte à faux.

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