Un reportage de Michel Picard, à Nicosie, sur l'île de Chypre

Shandra, une maid philippine : « On fait le ménage, les lessives, la cuisine, le repassage, l'accueil des visiteurs. Six jours par semaine »

Maids asiatiques
Maids asiatiques © Radio France / Foxeo

Sur l’île de Chypre, elles sont 35 à 40 000, soit 5 % de la population : des domestiques venues d'Asie qui n'ont pas droit au salaire minimum chypriote de 900 € par mois.

Le ministère du Travail a fixé leurs revenus à 326 euros mensuels.

Nourries logées, elles sont parfois nourrices ou garde-malades, mais restent avant tout des bonnes à tout faire. Officiellement, pas plus de 7 heures de travail par jour pour ces femmes comme Shandra, venue des Philippines.

Shandra :«Certaines filles qui sont traitées comme des esclaves, n'osent rien dire parce qu'elles ont peur d'être renvoyées aux Philippines. Eux, ils sont Chypriotes donc nous, on baisse la tête et on dit oui »

Si elle se fait renvoyer par son employeur, une domestique recevra du gouvernement une autorisation de chercher du travail pendant un mois. Passé ce délai, elle devient illégale et doit rentrer chez elle. Francis travaille au centre des migrants de Nicosie.

Francis : « La plupart ont payé très cher un agent pour venir travailler à Chypre. Par exemple, les Sri Lankaises paient environ 4 000 dollars. Elles doivent travailler au moins un an pour rembourser l'argent donné à l'agent. C'est pour cela qu'elle s'épuise au travaille quand on les menace de les faire renvoyer au Sri Lanka »

Nombre d'entre elles vivent donc la peur au ventre. Avros est chypriote et dirige l'Association de défense des Philippines. Son grand combat : qu'il ne soit plus possible, pour un oui pour un non, de renvoyer son personnel de maison.

Avros : « Les employeurs ont le pouvoir, aujourd'hui, de dire ‘je fais inscrire ton nom sur la liste noire du ministère du Travail, rentre chez toi’. Moi je dis qu’il faut réduire cette possibilité à certaines catégories. Ne renvoyer les gens chez eux que s'ils volent, s'ils ont une maladie contagieuse, font du trafic de drogue ou se prostituent. Il ne devrait pas y avoir d'autres raisons »

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A Chypre, pour quatre ans maximum : ces travailleuses de l'ombre en sont conscientes. Leur vie ici est un sacrifice car elles ont bien souvent laissé huit milles kilomètres de là une famille, des enfants, comme nous l'explique Divina.

Divina : « Nous devons le faire parce qu'on les aime. Nous travaillons ici pour leur offrir une belle vie. Pour ma fille, pour son éducation. C'est un sacrifice car nous ne les voyons pas, et nous ne pouvons pas leur offrir l'attention qu'une mère devrait offrir à son enfant »

La situation de ces maids ne choque personne ici. Il faut dire que c'est sur leurs épaules que repose l'équilibre de la société chypriote. Dans ce pays où l'on paie peu d'impôt, elles pallient par exemple l'insuffisance du nombre de maisons de retraite ou de mode de garde pour enfants.

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