Un questions-réponses réalisé avec Delphine Suereau, en direct de Shanghaï, en Chine

Tour de télévision Shanghaï
Tour de télévision Shanghaï © pencroff

Pékin a décidé de reprendre en main la télévision chinoise au motif qu’il y aurait trop de divertissements sur le petit écran. Les autorités visent notamment les émissions de téléréalité.

Des émissions jugées vulgaires et de mauvais goût, que l’Administration d’Etat de la Télévision a décidé de limiter. A partir du 1er janvier, les programmes de divertissements diffusés en première partie de soirée ne devront pas dépasser 90 minutes. Et chaque chaîne ne pourra pas en diffuser plus de deux par semaine. C’est donc une sacrée coupe, quand on sait qu’aujourd’hui, en Chine, vous avez le choix en moyenne chaque soir entre 17 programmes de téléréalité, diffusés sur les 34 chaînes satellites du pays. Il y a là des talk shows, des télé-crochets, des rencontres pour célibataires… Des concepts qui viennent des Etats-Unis ou d’Europe.

- Qu’est-ce qui dérange les autorités chinoises, dans le contenu ?

Les candidats y parlent de sexe, parfois crûment, ou diffusent des idées qui scandaliseraient Mao, comme cette phrase désormais célèbre prononcée par cette candidate à la recherche d’un célibataire dans « If you are the one » (Si tu es le bon) : « je préfère pleurer dans une BMW plutôt que de rire sur ton vélo ». Les autorités – et une bonne partie du pays – ont accusé les producteurs de promouvoir le matérialisme auprès des 15/30 ans, les enfants uniques que l’on appelle déjà la « génération perdue », pourrie-gâtée et individualiste. Pas sûr que cette émission survive au grand ménage.

D’autres ont d’ailleurs déjà été censurées, comme « Super Girls », la Nouvelle star à la chinoise, avec des candidates qui chantent et dansent… trop lascivement pour les autorités. On est pourtant bien loin d’un clip de Rihanna ! L’émission a été remplacée par un programme sur les travaux ménagers.

En fait, jusqu’ici, le gouvernement chinois contrôlait peu les chaînes locales, diffusées par satellites, qui ont fait de la téléréalité leur fonds de commerce. Elles battent aujourd’hui des records d’audience et font de l’ombre à la CCTV, la télévision d’Etat. D’où ce recentrage. En échange, les chaînes devront diffuser chaque soir deux heures d’information et faire la promotion des valeurs sociales, sans se soucier des résultats d’audience.

- C omment réagissent les spectateurs ?

Mal ! Ces émissions sont très populaires. La finale de « Super Girls » a attiré 400 millions de téléspectateurs. Sur Internet et dans la rue, le public dénonce donc un choix arbitraire, l’interdiction de regarder la télé pour se détendre quand on rentre du travail. Les téléspectateurs aimeraient qu’on leur laisse le choix de ce qu’ils veulent, ou ne veulent pas regarder, sans censure. Il est donc probable qu’à partir du 1er janvier, beaucoup se détournent de la télévision pour regarder sur Internet les divertissements étrangers.

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