Un reportage deFrédéric Ojardias, près deDongducheon,en Corée du Sud

Victime prostituée philippine :«Le patron du club m’a frappée. C’est à cause du quota de verres qu’il faut vendre aux clients… Il a menacé de m’étrangler ou de nous enfermer dans le club »

Bar en Corée du sud
Bar en Corée du sud © duncid

En Corée du Sud, près de la base militaire américaine de Dongducheon, à une dizaine de kilomètres de la frontière avec la Corée du Nord, dans un quartier nocturne réservé aux soldats américains se trouvent des clubs qui exploitent des jeunes femmes en majorité Philippines. Attirées par la promesse d’un emploi bien rémunéré, beaucoup se retrouvent finalement prises dans des réseaux de prostitution.

Plusieurs ONG, comme Amnesty International, accusent le gouvernement sud-coréen de fermer les yeux sur ce trafic, voire de le favoriser : car Séoul accorde des visas de travail aux victimes.

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Prostituée philippine :« L’agence qui m’a fait venir en Corée m’avait dit que je venais pour chanter. Mais quand je suis arrivée ici, dans le club, j’ai découvert des filles presque nues, elles devaient distraire les clients. C’était sauvage. Celles qui ne parviennent pas à leur vendre un quota mensuel de verres… on les force à faire des choses sales, comme embrasser le client, le masturber, lui faire une fellation… ou coucher avec lui. Je voulais vraiment m’échapper, mais je ne savais pas où. Je ne connais pas la Corée, et les propriétaires du club m’avaient confisqué mon passeport »

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Si les médias coréens rapportent parfois des arrestations de proxénètes, peu remettent en cause le système qui permet à ces jeunes femmes d’être amenées en Corée en toute légalité, grâce à des visas de travail baptisés « E6 ». Une situation que dénonce Norma Kang Muico, d’Amnesty International.

Norma Kang Muico : « Cette supercherie sur les termes et les conditions de travail de ces femmes, c’est un trafic d’être humain en vertu de la loi internationale. Mais il y a un manque absolu de volonté politique pour ce trafic de ces travailleuses « E6 ». Et du coup, les employeurs coréens qui sont tout à fait conscients de ce manque de volonté politique, continuent d’exploiter ces femmes sans craindre d’être inquiétés par les autorités »

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L’armée américaine, de son côté, tente de dissuader ses soldats de se rendre dans ces clubs. C’est ce qu’explique l’un de ses représentants, Charles Johnson.

Charles Johnson USFK : « La politique du département américain de la Défense et des forces américaines en Corée du Sud, c’est tolérance zéro pour tous les actes illégaux et immoraux de prostitution et de trafic humain. S’il est prouvé qu’un bar ou un club autour de nos bases se livre à la prostitution ou au trafic humain, il est immédiatement placé « hors limite » et nos soldats n’ont pas le droit d’y aller. C’est la sanction la plus sévère que nous pouvons infliger, parce qu’en fait, nous n’avons aucune juridiction en Corée. Pour le moment, nous avons interdit 64 zones à nos soldats »

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Mais les clubs autour des bases américaines se comptent par centaines… et le trafic continue.

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