Un reportage d'Elodie Touchard, à Rio de Janeiro, au Brésil

Ricardo Vieiralves, recteur : « C’est une décision historique et républicaine… On ne peut pas être la sixième puissance de monde avec de telles inégalités. Ces générations, c’est maintenant qu’elles doivent être sauvées ! »

Supporters brésiliens
Supporters brésiliens © abdallahh

Au Brésil, le principe de quotas liés à la couleur de peau des étudiants dans l'enseignement supérieur viennent d'être "validés" à l'unanimité par la Cour Suprême. Ses juges ont estimé que le système, bien que controversé, déjà mis en place dans la plupart des universités publiques depuis 2004, est bien conforme à la Constitution.

Ces quotas doivent permettre de corriger les inégalités frappant les descendants d'esclaves d'origine africaine, qui représentent plus de 50 % de la population du pays.

Nous sommes à l’université de l’Etat de Rio de Janeiro, la première de tout le pays à avoir appliqué des quotas. Ici, 20% des places sont réservés aux noirs et aux métisses, comme Ana Carolina, 21 ans, étudiante en nutrition.

Ana Carolina :« Sans quotas c’est sûr, je n’aurais jamais pu entrer dans cette université, parce que je n’avais pas les moyens de payer un collège et un lycée privés. J’ai toujours été dans le public, où l’enseignement est très précaire. Et là, au concours d’entrée, vous vous retrouvez en compétition avec des élèves du privé… C’est impossible. Le fait d’être ici, ça a changé ma vie. Je suis la première de toute ma famille à entrer à l’université ! »

C’est le paradoxe du Brésil : seuls les élèves fortunés du privé peuvent accéder aux universités publiques. Or, la majorité des noirs sont pauvres et en sont donc, de fait, exclus. Avec sa décision, la Cour suprême a estimé qu’il fallait corriger la "dette sociale" laissée par l’esclavage.

Le recteur Ricardo Vieiralves : « Ici, aujourd’hui, près de 25% des élèves sont noirs. Avant les quotas, ils étaient 2% ! C’est l’héritage que la République a négligé toutes ces années. Il y a eu près de 4 millions d’esclaves ici, et il n’y a jamais eu d’insertion pour ces anciens esclaves et fils d'esclaves. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de "corriger" cela, il s’agit de faire une intervention très forte pour changer complètement la façon dont on forme nos élites nationales. Naturellement, sans intervention, ce serait possible, mais cela prendrait plus de 100 ans. On n’a pas le temps d’attendre, surtout aujourd’hui, alors que le pays est en plein boom économique. Il est temps que le Brésil ait son vrai visage, que l’élite nationale ait le visage du Brésil -c'est à dire très coloré- pas celui de l’Europe ! »

Mais ici la question fait débat, beaucoup y voyant l’instauration officielle de l’apartheid. Comme Vitor, étudiant de 20 ans qui n’a pas voulu profiter des quotas.

Vitor : « Je ne me suis pas déclaré comme « noir » parce que je trouve que c’est comme du racisme. C’est un préjugé. Ca donne vraiment l’impression que les noirs n’ont pas la capacité d’entrer à la fac, normalement comme les autres, juste parce qu’ils sont noirs. Ca n’a rien à voir ! Moi, je voulais réussir sans être aidé »

Chaque année, près de 400 élèves blancs, attaquent l’université en justice pour n’avoir pas été admis au concours d’entrée, leur place étant, selon eux, injustement confisquée par les quotas.

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