Un reportage de Luc Santi, à Dacca, au Bangladesh

Mushtaque Chowdhuri : « La taille est importante, car ce n'est qu'en lançant des projets d'une telle ampleur que vous arriverez à faire changer les habitudes d'une population

La plus grande ONG du monde, la BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee), avec 120.000 employés qui travaillent dans 11 pays d’Afrique et d’Asie, est originaire du Bangladesh. Mushtaque Chowdhuri en est le vice-président.

Au Bangladesh, la BRAC mène une action impressionnante, tel un Etat dans l'Etat, elle offre crèches, micro crédits, assistance juridique, écoles...

En janvier dernier, elle a été classée meilleure ONG du monde.

Shilvly Aktar a le visage radieux, mais fatigué. Enceinte de 9 mois, elle est venue recevoir les derniers conseils des spécialistes de BRAC, dans cette petite maternité, située au cœur de son bidonville de Korai, à Dacca.

Shilvly Aktar : « S'il n'y avait pas cette maison de Brac, j'accoucherais chez moi avec une sage-femme traditionnelle ou avec ma belle-sœur. Maintenant j'ai réalisé que cela serait beaucoup plus sûr pour ma santé de le faire ici. »

__

Cette maternité est une maison sans prétention, afin que les femmes s'y sentent comme chez elles. Et surtout, BRAC y emploie certains habitants du bidonville afin de les rassurer. Le docteur Rumel est le superviseur du projet.

Docteur Rumel : « Les familles ont du mal à faire confiance à des obstétriciens comme moi, et n'aiment donc pas aller à l'hôpital. Du coup, nous avons amené la maternité dans leur quartier, et ce sont des sages-femmes traditionnelles recommandées par la communauté qui réalisent les accouchements. Nous formons ces femmes pendant environ une semaine, afin de corriger leurs mauvais gestes. Mais pour l'essentiel, elles sont déjà plus compétentes que moi. »

__

Près de 400 maternités comme celle-ci ont été créées par BRAC au Bangladesh, et dans les quartiers concernés, seulement 15% des accouchements sont maintenant réalisés à domicile, contre 80% auparavant. La mortalité maternelle y a été divisée par 2 en 5 ans.

L'un des secrets de la réussite de BRAC tiendrait dans sa capacité à innover des formules simples, mais adaptées au terrain, explique son vice-président, Mushtaque Chowdhury.

Mushtaque Chowdhury : « Nous faisons toujours remonter les idées du terrain, et nous les améliorons à travers notre laboratoire de recherches. C'est ainsi que dans les années 80, nous avons lancé le plus grand programme de réhydratation orale au monde, afin de lutter contre la diarrhée. Et nous l'avons fait en enseignant simplement aux familles à utiliser du sel ménager. Résultat :le Bangladesh connait aujourd'hui le taux le plus élevé de réhydratation orale. »

__

BRAC a aujourd’hui étendu ses activités à l'étranger, et elle est devenue la plus importante ONG en Afghanistan. Le défi sera maintenant d’y reproduire le même succès que dans son Bangladesh natal.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.