Un reportage d'Aurélien Colly, près de New-York, aux Etats-Unis

Le Rérévend Steeve Bringham : « Jésus connaissait la souffrance. Il savait ce que signifiait aider les pauvres et ceux qui sont dans le besoin »

Tent City
Tent City © Rebecca Sudduth

Le Révérend Steeve Bringham, en train de prêcher, est un pasteur américain pas comme les autres, puisqu’il vit dans une cabane au milieu de la forêt de Lakewood, au sud de New York, avec une centaine de sans-abris victimes de la crise, sur un terrain baptisé « Tent City » - La ville des Tentes. Cette ville n’est qu’un exemple parmi d’autres ; des lieux peuplés de chômeurs vivant dans des habitats précaires se multiplient aux Etats-Unis, comme au lendemain de la crise de 1929. On les surnommait alors les « Hoovervilles », du nom du Président Hoover. Ces habitants de Tent City sont aujourd’hui menacés d’expulsion.

La messe est terminée à Tent City. Au bout d’un chemin de terre, à l’abri des arbres et des regards, on vaque à ses occupations. Un dimanche d’automne ensoleillé, mais froid et humide, au milieu de la forêt de Lakewood. À côté de sa tente, Angelo se réchauffe avec son pushing-ball, un matelas accroché à une branche. Ce maçon de 35 ans est arrivé ici avant l’été.

Angelo : « La récession m’a fait très mal. Personne ne construit. Du coup, j’ai perdu mon boulot, je ne peux pas trouver d’appartement à un prix abordable, avec un loyer que je puisse payer avec mes allocations chômages. Ici, c’est mieux que la rue ou les foyers. Les foyers sont sales… Et la rue, c’est vraiment le désespoir. Toute ma vie, j’ai toujours eu un emploi, un appartement… mais n’importe qui peut devenir sans abris, à n’importe quel moment »

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Angelo garde la forme et surtout l’espoir, avec le sport. Pour Elwood et sa femme, arrivée l’année dernière, c’est la maison qui compte. Quelques planches, des bâches : ils ont construit une cabane de 10m². Petite, mais confortable.

Elwood : « Tout vient des poubelles. Je me suis dit qu’en rendant ça joli, au lieu de déprimer parce que tu es sans-abris, tu rentres à l’intérieur, tu fermes la porte et t’oublies. Et puis c’est pour montrer à tout le monde, à l’extérieur, que les sans-abris ne vivent pas salement »

Un toit pour s’abriter, un lieu pour se poser. Voilà ce que Tent City offre à ceux que la crise a jeté dans la précarité. En un an, la population du camp a doublé. Le Pasteur Bringham, qui l’a créé en 2006, tente de faire face. Avec les dons des églises de la région -1.500 dollars par mois- et la générosité de certains habitants, il parvient à offrir le minimum.

Le Rérévend Steeve Bringham : « C’est un sens de la communauté, de l’appartenance, un sens de l’utilité, de la propriété. Des choses dont on a besoin pour se sentir bien, pour retrouver de l’amour-propre, de la dignité »

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Tent City, c’est aussi la sécurité, essentielle pour les plus vulnérables, comme Marilyn, 58 ans, designer dans le textile, à New York, il y a encore deux ans. A son âge, elle le sait, elle ne retrouvera pas de travail.

Marilyn : « Je crois qu’on est très chanceux, c’est un camp très bien organisé. On est très protégés. On se sent très bien ici »

Et pourtant, bientôt, il faudra peut-être partir, car la ville voisine réclame l’expulsion de Tent City, illégalement installée sur l’un de ses terrains. La justice doit trancher. Les habitants, eux, n’ont pas prévu de bouger.

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