Un reportage de Coralie Garandeau, à Los Angeles, en Californie

Dionne : « Je pourrai retourner à l'école, trouver un meilleur boulot, avoir mon permis… Pour les études d'infirmière, il faut un numéro de sécurité sociale. J'ai toujours voulu être infirmière. Mais on ne peut vraiment rien faire si on n’a pas de papiers »

Frontière Californie
Frontière Californie © Roman Phototrend.fr

Dionne, 24 ans, est originaire du Mexique, mais a grandi aux Etats-Unis. Aujourd'hui, elle attend son tour pour déposer une demande de papiers auprès de l'immigration américaine.

Comme des millions de jeunes clandestins, Dionne peut accéder à un permis de travail, grâce au décret de l'administration Obama rentré en application il y a un mois.

Cette mesure n'est pas une régularisation en soi, mais elle offre un répit aux jeunes immigrés de Californie, état qui compte le plus de sans papiers des Etats-Unis.

Dans les bureaux de cette association qui défend les droits des immigrés à Los Angeles, depuis le 15 août, tous les jours, des dizaines se pressent aux réunions d'information pour savoir comment prétendre au statut provisoire des clandestins. Ils doivent avoir entre 15 et 31 ans et être arrivés aux Etats-Unis avant l'âge de 16 ans. Il y a 10 pages de documents à fournir : bulletins scolaires, diplômes, relevés de banque, pour prouver 5 ans de résidence continue sur le territoire américain. Les cas sont ensuite examinés individuellement par l'immigration.

Charline anime les réunions d'information de l'association.

Charline : « C'est un mythe de penser que les sans-papiers ne paient pas, ne déclarent pas d'impôts, ne conduisent pas. Ils vivent ici et ce n'est pas difficile pour eux de fournir ces documents, il suffit de les réunir. Malheureusement, quand on est sans-papier, on travaille au noir, donc les preuves ne sont pas enregistrées »

Charline met en garde les immigrés : inutile de faire une demande si l’on est sous le coup d'un arrêté d'expulsion ou si l’on a un casier judiciaire. Dans la salle, Jorge lève la main : une de ses filles s'est fait arrêter par l'immigration en traversant la frontière il y a 15 ans. Y-a-t-il prescription ?

Jorge : « L’immigration, c'est notre inquiétude principale. Toute ma famille est clandestine aux Etats-Unis. On reste ici juste pour ma fille, parce qu’elle est née ici et qu’elle est trisomique. On ne veut pas être expulsés car elle a besoin de toute l'aide qu'on lui apporte ici. Je viens d'Amérique centrale, du Honduras. On a décidé de venir après l'ouragan Mich car là-bas, on a tout perdu »

Fabien attend son rendez-vous. Le décret Obama représente pour lui un espoir énorme. Il avait deux mois quand sa mère est arrivée du Mexique.

Fabien : « Cela fait 27 ans que j'attends ça pour aller de l'avant dans ma vie. Cela rend les choses plus faciles. J'ai des amis qui sont nés ici, ils reçoivent des bourses scolaires, peuvent avoir leur permis, être mobile, avoir des boulots auxquels je pourrais aussi postuler si j'avais ces papiers. Mais je dois prétendre à moins. J'ai d'autres amis qui attendent pour faire la demande de papiers et qui sont sceptiques, avec les élections qui arrivent. Ils pensent que si Romney gagne, il pourrait tout supprimer »

L'association d'aide aux immigrés de Los Angeles a son calendrier plein de rendez-vous jusqu'en mars prochain. Les services d'immigration recensent pour l'instant 82 300 demandes au niveau national. La mesure concernerait près de 2 millions de jeunes clandestins.

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