Un reportage de Gaëlle Lussiaà-Berdou, à Islamabad, au Pakistan

L’évêque Peters, évêque de Peshawar :

Nous sommes les plus pauvres parmi les pauvres dans cette région. Nous sommes marginalisés. Les chrétiens sont une cible facile alors ça pourrait se reproduire n’importe quand.

Au Pakistan, sur le parvis de l’église anglicane de Peshawar, le 22 septembre dernier, les fidèles sortaient tout juste de la messe dominicale quand deux explosions ont retenti au milieu de la foule. Plus de 80 personnes ont été tuées dans ce double attentat qui a également fait plus de 130 blessés.

Au Pakistan, la minorité chrétienne est souvent victime de discrimination et de violence, mais ces dernières n’avaient jamais atteint une telle ampleur. C’est pourquoi la communauté chrétienne est plus jamais mobilisée pour réclamer la protection des autorités.

Au lendemain de l’attentat, ils étaient des milliers dans les rues des principales villes du pays comme ici, à Islamabad, demandant justice. La veille, deux kamikazes se sont faits exploser à la sortie de la messe, criblant de projectiles les murs blancs de l’église anglicane centenaire de Peshawar, et décimant des familles entières, dont les proches d’Anila , 27 ans :

Dans la famille de mon beau-frère, quatre personnes sont mortes. Trois femmes et un homme.

L’attentat a provoqué la consternation dans tout le pays, et beaucoup de colère parmi la minorité chrétienne.

Imtiaz est venu vêtu d’une écharpe noire, couleur du deuil, suivre les manifestants :

Nous voulons que l’État assure notre sécurité et celle de nos églises. C’est pour ça que nous sommes descendus dans la rue. Si un tel évènement peut se produire dans une grande ville comme Peshawar, imaginez ce qui peut nous arriver dans des endroits plus reculés.

Imtiaz est tailleur. Un métier peu rémunéré, mais tout de même plus enviable que le sort de la plupart des chrétiens du Pakistan. Ils sont 3 ou 4 millions, près de 2% de la population, face à une grande majorité musulmane. Victimes de discrimination et de mépris, ils vivent souvent entassés dans des ghettos, confinés aux métiers de balayeurs ou d’égoutiers. Des chrétiens sont parfois accusés de profaner le Coran ou de manquer de respect au prophète Mahomet, une offense grave qui peut entraîner la peine de mort, mais qui est souvent proférée à tort et à travers pour régler des disputes personnelles.

Au lendemain de l’attentat, un élan de solidarité s’est pourtant élevé. Parmi les manifestants, quelques musulmans venus soutenir ces gagne-petits, dont la présidente du Conseil du statut de la femme, Khawar Mumtaz :

Ça paraît absurde de s’en prendre à des gens désarmés et pacifiques, à des familles et des enfants. Ces terroristes avaient probablement une idée derrière la tête en commettant cet attentat contre les plus vulnérables. C’est toujours plus facile de s’en prendre aux plus faibles et c’est ce qu’ils font.__

L’attentat contre les chrétiens a été revendiqué par une faction des talibans pakistanais. Dans les jours suivants, deux autres attaques ont eu lieu à Peshawar, l’une contre un bus de fonctionnaires qui a tué 18 personnes et la seconde dans un marché où plus de 40 personnes sont mortes. Devant la multiplication des violences, d’aucuns s’interrogent sur les motifs de leurs auteurs et soupçonnent une démonstration de force des insurgés, alors même que le gouvernement pakistanais tente d’engager avec eux des pourparlers de paix.

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