Un reportage de Patrice Gouy, à Acapulco, au Mexique

Amilcar Montéro :

Cette activité musicale leur a donné une identité. Dans certains cas, on a vu des changements profonds. Des enfants dissipés, violents sont devenus respectueux. Quand ils mettent leur uniforme pour les concerts, ils sont fiers et bombent le torse.

Au Mexique, dans la célèbre station balnéaire d’Acapulco, prise en otage par les cartels de la drogue, Amilcar Montéro est chef d’orchestre et il vient de monter, avec une dizaine de musiciens, un projet hors du commun : un orchestre qui réunit 320 jeunes de 8 à 18 ans, pour prendre le contrepied de la violence dans l’un des quartiers les plus dangereux du Mexique, le Renacimiento.

Il y a juste un an, un groupe de musiciens appartenant à l’orchestre philarmonique d’Acapulco s’est lancé dans une aventure extraordinaire : offrir à des enfants marginalisés par la violence et l’insécurité une proposition culturelle inconcevable dans quartier contrôlé par les mafias et les cartels de la drogue. Amilcar Montero chef d’orchestre et chef de ce projet :

Le secret de cette réussite, c’est de dire aux enfants que la musique, c’est facile. Ils ne doivent pas penser que jouer du violon, de la flûte ou de la clarinette, c’est compliqué. Depuis le début, ils sont convaincus qu’il n’y a pas de problème et que les seules obligations sont le travail et la constance. Au bout d’un mois, ils ont pu jouer leur première mélodie. Ils étaient aux anges à l’idée d’avoir su tiré des sons de leurs instruments.

Ces enfants vivent dans un quartier de ruelles étroites, de traboules, aux maisons de planches, de moellons gris, où il ne fait pas bon s’attarder car les rues poussiéreuses et défoncées sont le territoire des bandes criminelles.

Mauricio Hidalgo, habitant du quartier :

Renacimiento est une zone marginale où il y a beaucoup de pauvres, beaucoup de gens sans ressources et aussi des gens liés à la drogue. La création de cet orchestre pour les jeunes est vraiment importante parce qu’il donne aux enfants une autre perspective de vie, ouvre des opportunités au niveau artistique et culturel et c’est essentiel dans ce quartier considéré comme le plus dangereux de tout le Mexique. Il y a beaucoup de drogue et beaucoup de bandes criminelles.

Voir ces enfants, tous parfaitement propres, éparpillés par petits groupes dans l’immense parc que le gouvernement vient de faire réhabiliter à cet effet, est très émouvant. Au pied d’un gigantesque jacaranda violet, les élèves du maestro Hugo s’appliquent à souffler dans leurs trompettes :

Hugo, maestro de trompette :

L’enseignement se fait à travers l’apprentissage de la lecture des notes, et l’on stimule beaucoup la mémoire. Par exemple en ce moment, ils jouent sans partition et cela fait partie des exercices habituels. Notre répertoire est assez vaste. Nous travaillons des œuvres comme Nabucco, la 9ème de Beethoven, mais aussi de la musique mexicaine. Ce que nous souhaitons obtenir aujourd’hui, c’est une bonne harmonie entre les 25 trompettes, les 2 trombones et le tuba. Le travail consiste à leur apprendre à respirer tous en même temps, à être bien coordonnés et dans le même ton.

Il ne s’agit pas de former des musiciens professionnels mais de récupérer et d’éduquer des enfants à travers la discipline musicale. La municipalité, qui finance ce projet, a pris conscience que pour lutter contre la violence endémique des cartels, il faut autre chose que des policiers et des militaires.

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