Reportage de Jérôme Bastion, correspondantà la frontière irakienne, enTurquie

Barakat, 64 ans et longue barbe grise :

Les hommes de Daech ont tué plus d’un millier de nos gens, des vieux, des femmes et des enfants. C’est toujours la même histoire entre les Yézidis et les Arabes : ils ne nous aiment pas parce qu’on est Kurdes et nous reprochent de ne pas être Musulmans. Pour cela ils nous ont souvent attaqués dans le passé.

Barakat, kurde yézidi réfugié en Turquie
Barakat, kurde yézidi réfugié en Turquie © Jérôme Bastion / Jérôme Bastion

Barakat, Kurde Yézidi de 64ans, est réfugié dans l'extrême sud-est de la Turquie, dans les montagnes, à la frontière irakienne. Kurde Yézidi, c'est le nom de cette minorité non musulmane victime, début août, d’un pogrom mené par les combattants fondamentalistes de l'Etat Islamique.

Des milliers de personnes ont été tuées ou poussées à l'exil, dans le désert. Elles ont d'abord trouvé refuge dans le Kurdistan irakien, avant de tenter passer en Turquie, sans succès.

Alors, ce sont les Kurdes de Turquie qui les ont pris en charge, les faisant entrer clandestinement sur le territoire turc où ils sont déjà plus de 30.000.

C’est la distribution des repas pour les quelque 3000 Yézidis installés dans la petite cite industrielle inachevée de Cizre, contre la frontière syrienne. Nahla a 22 ans, et deux jeunes enfants dans les bras.

Nahla :

Après avoir fui l’Etat Islamique, nous avons dormi deux jours dans la montagne de Sindjar ; là, le PKK nous a protégés et nourris. Puis ils nous ont accompagnés pendant 6 heures de marche jusqu’à la frontière. De là, c’est en camion que nous sommes venus jusqu'à la montagne, et nous avons passe la frontière en marchant entre 4h à 8h du matin

C’est la rébellion kurde qui fait passer clandestinement les Yézidis en Turquie, car les autorités turques leur refusent l’entrée, explique le député kurde Faysal Sariyildiz.

Le député kurde Faysal Sariyildiz:

L’Etat turc, fait tout pour les empêcher de venir se réfugier ici, au nord : ils ne peuvent pas venir par le poste frontière dans la plaine, où ce serait plus facile ; alors ils passent illégalement’.

Loin dans la montagne, près de la frontière, de Faysal Sariyildiz inspecte les stocks de vivres prêts pour les milliers de vivre qui arrivent là chaque jour.

Le député kurde Faysal Sariyildiz :

Ici, c’est le village de Roboski, le premier endroit ou arrivent les Yezidis venant d’Irak en Turquie par la montagne. Ca, ce sont des aliment de base, tout ce qu’il faut pour pouvoir nourrir ces gens qui arrivent épuisés. C’est pourquoi la première chose qu’on fait c’est leur donner à manger un repas chaud. Ensuite, ils sont transférés au camp de Sirnak.

Kurdes Yézidis réfugiés en Turquie
Kurdes Yézidis réfugiés en Turquie © Radio France / Jérôme Bastion

Les nouveaux arrivants bricolent des abris de fortune pour dormir à même le sol, sur de simples tapis, parce que les tentes communes et les préfabriqués sont pleins.

Dans le camp de Sirnak, les traits sont tirés, les visages fermés, et les langues se délient rarement. Dans ce camp comme dans les autres, aucune présence étatique turque ; l’intendance est assurée par les municipalités kurdes, l’essentiel des produits de première nécessité provient de collectes dans la population kurde, et des volontaires apportent leur assistance.

Le député craint de ne pouvoir faire face très longtemps

Le député kurde Faysal Sariyildiz :

Jusque là, l’Etat turc n’a participé en rien à cette assistance humanitaire, c’est la population kurde qui gèré tout; et là, je dis que la communauté internationale doit prendre les choses en main.

Les Yézidis sont donc loin d’être sortis d’affaire…

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.