Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré en direct de Prague, en République tchèque

Roms, les "déplacés européens"
Roms, les "déplacés européens" © Nour-Eddine Zidane

En République tchèque, une réunion du Centre européen pour les droits des Roms vient de dénoncer la présence d'un trop grand nombre d'enfants d’origine Rom dans les orphelinats.

Cette communauté représente moins de 3% de la population tchèque, mais plus de 40% des pensionnaires des orphelinats en sont originaires.

Comment explique-t-on cette situation ?

Plus de 22 ans après la chute du communisme, les services sociaux continuent à inciter les familles Roms pauvres ou « dysfonctionnelles » à placer leurs enfants dans les orphelinats, ou même à abandonner légalement le petit dernier à la naissance. Or, les couples tchèques dits "blancs" sont très rarement candidats à l'adoption d'un petit Rom, même quand ils n'arrivent pas à adopter un autre enfant, au terme de procédures longues et décourageantes. Les raisons : le racisme ambiant, les préjugés. Les familles tchèques craignent qu'un petit Rom soit « indiscipliné », en échec scolaire.

Il est vrai que nombre des petits pensionnaires des orphelinats, ceux qui ont passé plusieurs années dans des conditions assez rudes, présentent des troubles comportementaux. Depuis quatre ans, les autorités tchèques permettent l'adoption par des couples étrangers. Ces enfants aux yeux noirs et à la peau brune trouvent plus facilement des familles d'accueil en Italie et en Espagne. - Il arrive tout de même que des couples tchèques franchissent le pas et adoptent un enfant Rom. Cela se passe comment ? Plutôt bien au début. On ne compte qu'une à deux adoptions les très bonnes années, et les parents sont des gens plus ouverts que le reste de la société, des gens au très grand désir d'enfant aussi...

Cela se gâte quand le petit ou la petite Rom entre à l'école, se voit confronté(e) aux insultes racistes, au harcèlement. Souvent les parents adoptifs réagissent en demandant à l'enfant d'être discret, discipliné, de ne pas porter de bijou ou de vêtement coloré, de ne pas trop écouter de musique en public, de travailler beaucoup. Bref d'être le « moins Rom possible », d'être « mieux que les autres ». Si les brimades continuent à l'école, les tensions grandissent à la maison. Souvent, l'adolescent Rom claque la porte. Il arrive aussi que les parents baissent les bras et ré-abandonnent l'enfant. - Face aux échecs, comment réagissent les organisations de protection des droits des enfants ? Les défenseurs des droits des enfants recommandent aux parents de laisser le petit Rom vivre son enfance, de respecter sa différence. Les choses se passent mieux, insistent-ils, quand l'enfant trouve dans sa famille d'adoption des frères et cœurs aimants et protecteurs ; quand les parents n'hésitent pas à lui parler de ses origines, à aborder le problème du racisme et même à intervenir auprès des enseignants pour faire cesser les brimades à l'école.

Toutes ces conditions sont malheureusement rarement réunies dans le contexte tchèque.

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