Un reportage à Alger, en Algérie, de Leïla Beratto

Kamel Daoud: « Organisez vous! Organisez vous en groupe, en collectif, en association et dénoncez! Il ne suffit pas de s'indigner, il faut résister! Résister à la corruption.»

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Nous sommes en Algérie. L’actualité ce sont les grandes affaires de corruption : celle de l’entreprise nationale de pétrole la Sonatrach ou celle qui implique la banque privée Khalifa. Kamel Daoud, est le vice président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme. Il participait, il y a quelques semaines, à une journée de sensibilisation du public sur le thème de la corruption. Car si les Algériens ont le sentiment que toute la société est « pourrie », quelques militants, se mobilisent au quotidien contre un système qui est plus fort qu’eux.

Halim Feddal
Halim Feddal © Radio France / Leïla Beratto

Collecter les informations, les vérifier, monter des dossiers qu’il transmet à la presse puis à la justice. Voilà comment travaille Mustapha Atoui. Ce militant des droits de l’homme d’Alger est responsable depuis 2 ans d’une cellule de lutte contre la corruption. Son principal objectif, sensibiliser la population.

Mustapha Atoui : « Notre objectif est d'amener le simple citoyen à participer à la lutte contre la corruption et à protéger ses biens. Nous considérons que l'argent détourné appartient au peuple, et que c'est au peuple de défendre ses biens ».

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Ali Bouloudini, président de la section de la ligue des droits de l’homme d’Annaba, confirme.

Ali Bouloudini : « La sensibilisation, c'est pour attirer l'attention des gens de loi et des intellectuels sur la gravité des choses. Et si on se tait, on cautionne ».

Pour lui, la mission est difficile. Même si la corruption révolte les algériens, ils s’impliquent difficilement.

Ali Bouloudini : « Ils sont résignés parce que nous n'avons pas de justice. Aujourd'hui, il y a des dénonciations, il y a tout cela. Mais la justice ne joue pas le jeu. Personne n'est emprisonné. Il n'y a pas cette justice qui pénalise. Pourquoi? Pour la simple raison que la justice n'est pas indépendante. »

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Une fois impliqués, les militants doivent faire face à d’autres problèmes. Abdallah Tamine travaillait pour le ministère des affaires religieuses. Lorsqu’il dénonce une affaire de mauvaise gestion, il perd son poste. Car la principale menace, ce sont les représailles.

Abdallah Tamine : « Un dénonciateur peut facilement devenir un accusé dans une affaire de corruption. Il peut devenir accusé de diffamation. Ca c'est la difficulté quotidienne des militants anti-corruption. »

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Selon les spécialistes, les lois algériennes sont suffisamment répressives. Pour autant, la volonté politique manque. Halim Feddal vit à Chlef à 200 km d’Alger. Ce militant anti-corruption est spécialisé dans les affaires sportives. Pour lui, le système a tout fait pour favoriser la corruption.

Halim Feddal : « A partir des années 2000, il y a acte de préméditation. Au lieu de perfectionner les outils et les dispositifs de lutte contre la corruption, le pouvoir algérien a fait le contraire. Il a confectionné des lois qui protègent les corrompus, il a gelé les organes de contrôle pour banaliser, pour généraliser la corruption afin de compromettre tout le monde. »

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Une commission étatique de lutte contre la corruption a bien été installée par les autorités au début de l’année. Mais l’association créée par les militants des droits de l’homme, attend son agrément depuis 5 mois.

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