Un reportage de Pascale Guéricolas, à Montréal, au Québec

Caitlin :

C'est un homme qui est né dans un igloo. Il vient ici et nous donnons de la viande de phoque cuite et il nous la demande toujours congelée, et il va commencer à la manger, crue, comme ça.

Petit village inuits abandonné avec au loin des icebergs
Petit village inuits abandonné avec au loin des icebergs © Radio France / Stéphane Cosme

A Montréal,l’homme dont parle l’intervenante sociale Caitlin Murphy s’appelle Charlie. C’est un Inuit originaire du Nord du pays et qui vit maintenant dans la rue à Montréal, comme de nombreux autres autochtones.

Car la population de sans-abri d’origine inuit grimpe en flèche depuis quelques années dans la métropole québécoise, en partie, parce qu’on manque de logements au Nord.

Impossible de les manquer. Les Inuits passent des heures dans certaines stations de métro, regroupés autour d’une bouteille de bière, ou tout simplement étendus dans un parc, toujours en groupe. Céline Bellot, professeure à l’École de service social de l’Université de Montréal les connaît bien :

Ils vont vivre beaucoup plus en groupe que les populations itinérantes plus classiques. Ils fabriquent cette idée du clan et ils essaient de se regrouper par tradition culturelle mais aussi parce qu'ils vivent de manière tellement isolée que ils ont besoin de se reconnecter à leur communauté et c'est la seule fabrication d'un réseau social, un réseau social qui est un réseau de rue, entre Inuits et autochtones.

Tommy, rencontré dans une station du centre-ville vit depuis 5 ans à près de 1500 km de sa ville Kujuaq :

Je suis fatigué. Vivre ici c’est très dur pour les Inuits. Vous pouvez vous faire tuer, assassiner. J’y pense tous les jours. Mais je n’ai pas le choix, j’ai décidé de vivre ici. Ma famille, ma ville, Kujuaq, me manque. J’ai le mal du pays. __

Tommy sait qu’il ne peut pas rentrer. Rallier le Nord coûte une fortune en l’absence de réseau routier. Là-bas les logements sont tellement surpeuplés que les habitants de certaines maisons organisent des tours de sommeil.

Plusieurs partent pour le Sud, pour échapper à la violence ou démarrer une nouvelle vie. Sauf que s’adapter à ce nouveau milieu de vie aussi différent constitue un véritable choc culturel. Démunis, sans réseau familial, beaucoup aboutissent dans la rue.

L’intervenante sociale de l’organisme Le toit rouge, Caitlin Murphy , tente de leur venir en aide :

Ils ne veulent pas s'impliquer dans notre société, ces gens-là ont des barrières culturelles, et de langage, et c'est très difficile d'avoir un lien de confiance avec eux. Mais il y a une façon de faire : c'est d'essayer de comprendre leur culture. Alors, vous allez alors recevoir leur respect et je trouve qu'avec ce respect entre nous, on est capable de travailler.

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Non loin du Toit rouge, un foyer offre un hébergement à des femmes inuits et amérindiennes démunies et à leurs enfants. Un répit pour leur permettre de reprendre, enfin, leur vie en main.

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