Un reportage de Claire Martin, à Santiago du Chili, au Chili

Soledad Larrain : « On continue de percevoir l’enfant comme étant la propriété des parents, des parents qui peuvent par conséquent exercer le type de discipline qui leur paraît le plus approprié. »

Une discipline musclée exercée sur leur progéniture. Au Chili, 71 % des enfants sont victimes de violences psychologiques ou physiques : c’est un récent rapport de l’Unicef qui révèle ces chiffres alarmants, dirigé par la psychologue Soledad Larrain.

Il confirme une tendance presque inchangée depuis 1994, date du premier rapport sur la maltraitance sur l’enfant au Chili publié par l'Unicef.

Une situation d’autant plus grave qu’elle laisse les autorités chiliennes indifférentes.

« J’y pense, puis j’oublie », ça pourrait être le refrain des gouvernements chiliens successifs, de droite comme de gauche. Tous les 6 ans depuis 1994, l’Unicef tire la sonnette d’alarme. Sur 4 enfants au Chili de moins de 14 ans, un seul est bien traité par ses parents. Le deuxième est victime de violences psychologiques : enfermé, insulté, moqué, boudé. Le troisième est victime en plus de coups sans gravité. Ses parents le brusquent, le baffent, lui tirent les cheveux. Quant au quatrième, c’est un enfant battu. Le chercheur Osvaldo Torres explique pourquoi.

Osvaldo Torres : « Dans notre culture, il existe un mépris pour la condition d’enfant. Nous n’avons pas dépassé l’idée que l’enfant est un objet, similaire à une pierre qu’il faudrait sculpter. Et comme toute pierre, il faut frapper fort pour bien la sculpter. L’idée que la punition corrige et éduque reste une méthode pédagogique et éducative valide. »

Autrement dit, la société approuve. Les parents n’ont pas l’impression de commettre une erreur. Ce qui manque, c’est un changement de mentalité. Et pour la psychologue de l’Unicef Soledad Larrain, ça passe par des politiques publiques.

Soledad Larrain : « Il y a une absence de politique de prévention. Il faut davantage soutenir les parents au cours de l’éducation, travailler avec eux sur des formes alternatives de discipline parce que finalement, la grande majorité des parents reproduisent un comportement violent qu’ils ont eux-mêmes subi à la maison. Enfin, il faut une législation intégrale basée sur la Convention des droits de l’enfant. »

Le Chili est le seul pays d’Amérique latine à ne pas avoir refondé sa législation sur la Convention des droits de l’enfant, alors qu’il l’a ratifiée en 1990. Elle date toujours du siècle passé. Non seulement il n’y a pas de politique de prévention des abus, mais il n’y a pas non plus de sanction à hauteur du problème. Près d’1 enfant sur 10 au Chili est victime d’agression sexuelle, selon le rapport de l’Unicef. José Andres Murillo en fait partie. Ce philosophe de 35 ans a créé la Fondation pour la confiance.

José Andrés Murillo : « On a un système qui finalement, indirectement, protège les agresseurs parce qu’il met toujours en question la parole des enfants. On a beaucoup de lois pour protéger les banques, les entreprises… Tout le monde des adultes. Mais pour le monde des enfants, il n’y a pas beaucoup de législation, ni de protection. »

Si les autorités promettent d’y remédier, elles considèrent généralement qu’il y a plus urgent.

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