Un reportage d'Eric Samson à Quito, en Equateur

Alejandra Gutierrez :

Notre programme s'appelle La Parole Libre car même en prison, nous sommes libres de penser et de parler. Notre slogan, d´ailleurs, est « Nous sommes des personnes qui pensent ce qu´elles disent et disent ce qu´elles pensent ».

radio dessin
radio dessin © Radio France

Alejandra Gutiérrez est une jeune mexicaine détenue dans la prison pour femmes de Quito, en Equateur, qui, depuis deux ans et demi, permet aux prisonnières, chaque semaine, de participer à une émission de radio qui s’intitule donc « La Parole Libre ». Et qui permet donc de retrouver sur les ondes radios un espace de liberté.

Une fois par semaine, sur les ondes de deux radios de la capitale équatorienne, 12 femmes privées de liberté s´évadent par le biais de la radio.

Porté par le centre de détention, les autorités régionales, les ministères de la Culture et de la Justice, l´émission Parole Libre fait partie d´un programme de réhabilitation. 12 détenues produisent l´émission, 12 passionnées.

Alejandra Gutierrez :

Il faut que ce soient des personnes qui aient envie de faire de la radio. Le pourcentage de remise de peine pour le programme est faible par rapport au travail que cela représente. On le fait par passion. Pour beaucoup d´entre nous, qui n´y connaissaient rien en radio, c´est devenu un espoir pour le futur, un projet de vie.

Mariana Pérez est détenue depuis près de 3 ans pour trafic de personnes. Cette ex professeure de gymnastique veut faire passer un message á tous ceux qui les écoutent, de l´autre coté des grilles :

On veut que les auditeurs nous voient comme des femmes qui apportent quelque chose, des femmes innovantes et capables de relever tous les défis, comme faire de la radio.

Deux fois par semaine, les productrices se réunissent et décident du sujet de la prochaine émission. Exemples des derniers programmes: les mythes du sexe, l´avortement, l´infidélité… Avec chaque fois, pour Alejandra Gutiérrez, le désir de faire passer un message positif :

On essaie de laisser quelque chose aux auditeurs. On choisit un sujet d'intérêt général, on en discute, on choisit nos invités et le message qu'on veut faire passer. Ces derniers temps, nous nous sommes servies de l’émission pour instruire les détenues, mais aussi les élèves et les étudiants. Le prof est invité sur un sujet de l'émission, ses élèves écoutent et puis ils participent à un forum. C’est ce que l’on a fait récemment avec une classe de psychologie de l´université centrale.

Lisa Pluas travaille depuis un an et demi pour Parole Libre. Elle se charge des enquêtes :

Je fais partie de celles qui font les recherches. J'ai l'autorisation d'entrer quelques heures par semaine au centre d'éducation à distance pour faire des recherches sur Internet sur les sujets d’émission. Pour la prochaine, par exemple, on va parler de réinsertion dans la société et aussi de formation professionnelle. Car vous savez, quand on sort de prison, il est très difficile de retrouver du travail.

Et qui sait l'une de ces femmes de talent sera peut-être, à sa sortie, l'une des vedettes de la radiodiffusion équatorienne.

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