Un reportage d'Angélique Férat, dans le camp de Zaatari, en Jordanie

Mohamed Oweis : __

Oui ce conflit est sectaire, mais qui a commencé ce sectarisme ? Ce sont les alaouites, le régime d’Assad… Nous, musulmans sunnites, ce n’est pas nous qui avons commencé… J’espère que vous ferez passer cette idée.

Le camp de réfugiés d'Al Zaatri
Le camp de réfugiés d'Al Zaatri © Reuters / Muhammad Hamed

En Jordanie, le camp de Zaatari compte plus de 140 000 réfugiés syriens et les prêcheurs sunnites, à l’image de Mohamed Oweis , y font du prosélytisme. L’ONG salafiste Kitab Wa Sounnah a ouvert 17 mosquées et finance un programme intitulé « amener les réfugiés syriens à l’Islam », car elle part du principe qu’en Syrie, les citoyens ignorent le « Vrai Islam », et qu’il faut donc l’enseigner aux réfugiés.

L’appel à la prière se fait au porte-voix. Le camp de Zaatari compte 30 mosquées. Kitab Wa Sounnah sunna gère 17 de ces mosquées. Au début de la crise, il y a deux ans, l’ONG islamiste a aidé largement les familles de réfugiés syriens. Distribution de nourriture et de meubles, paiement des loyers. Aujourd’hui Kitab Wa Sounnah se consacre à l’enseignement du "vrai islam".

Cher Zayed Amat :

Le régime syrien gardait les musulmans loin du vrai Islam. Ils n enseignaient pas le vrai Islam. C’est un régime séculier, un régime communiste. Par exemple, lorsque nous avons fait la première prière de ramadan l’été dernier dans ce camp, seules 50 personnes sont venues !

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2 000 réfugiés participent à ce programme. Le chef de projet espère attirer 30 à 40 000 personnes. Des cours identiques sont donnes à Amman, la capitale jordanienne, et à Ramtha. Des bienfaiteurs saoudiens et qataris ont donné les 20 000 euros nécessaires pour financer le projet. Les cours sont donnés aux enfants, bien sûr, mais aussi aux adultes. L’ONG veut former des Imams. Leur mission : convaincre les autres réfugiés et propager le « vrai Islam » une fois de retour en Syrie. Justement, quel est donc l’islam enseigné ? L’Islam salafiste, répond le Sheik Zaied, sans aucune hésitation. L’islam pur du temps du prophète. Les salafistes défendent un islam très rigoriste Ainsi Mohamed Oweis a étudié la charia en Syrie, mais il dit découvrir en Jordanie le vrai islam, un islam non perverti par le régime de Bachar al Assad.

Mohamed Oweis:

Ils nous apprenaient des superstitions ou des rituels qui n’ont rien à voir avec l’Islam. Par exemple, ils ajoutaient des rituels non islamiques comme le hadrat et le moled, des danses qu’on dansait en carré dans les mosquées.__

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Les salafistes soutiennent l’idée du djihad. Officiellement, rien de tel dans les mosquées du camp. On lit et on commande le Coran, un point c’est tout. Mais au dire des jeunes gens qui repartent combattre en Syrie, c’est bien dans les mosquées qu’ils sont recrutés. C’est aussi dans les mosquées du camp que l’hérésie du régime baathiste est expliquée.

Au sortir de la tente, les étudiants sont clairs : le conflit est sectaire, c’est un conflit pour l’Islam, c’est un conflit entre bons et mauvais musulmans. « Notre révolution est islamique », conclut un homme sur le point de repartir combattre à Deraa.

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