Un reportage de Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

Sim Dong-sub, directeur de Somang :

Le plus important pour réinsérer les détenus, c’est l’amour du prochain. Un gouvernement ne peut pas mesurer cela quand il recrute ses employés de prison ! Mais ici, nous recrutons des gens remplis de l’amour du prochain.

 Prison Saint Anne - vues des couloirs et des cellules
Prison Saint Anne - vues des couloirs et des cellules © François Halard

C’est une expérience pour le moins étonnante que mène la Corée du Sud : depuis trois ans, une coalition d’églises évangéliques gère une prison privée. Cet établissement carcéral compte 375 détenus, qui viennent d’autres prisons et ont demandé à y être transférés.

Comme l’explique son directeur -Sim Dong-sub- une partie importante des programmes de réinsertion sont basés sur l’étude de la Bible. Si les accusations de prosélytisme sont nombreuses, et les inquiétudes vives, la prison affiche des premiers résultats très positifs.

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Sim Dong-sub est un ancien procureur qui rêvait de devenir pasteur. Il est le directeur de Somang, une prison modèle construite au milieu des rizières.

Sim Dong-sub :

La plupart des prisons privées ont pour objectif de faire du profit, pour gagner de l’argent. Mais ce n’est pas notre cas. Notre prison Somang a été fondée par une association à but non-lucratif appelée fondation Agapé. Agapé est une coalition d’églises protestantes sud-coréennes qui veulent améliorer la société. Notre objectif, c’est la réinsertion des prisonniers.

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La prison compte plusieurs ateliers ; métallurgie, menuiserie, agriculture. Le travail est obligatoire, 8 heures par jour, 5 jours sur 7

Sim Dong-sub, directeur de Somang :

Le principe le plus important de notre prison, c’est le travail des détenus. L’idée, c’est de faire comprendre aux prisonniers que ce qui compte, c’est le sang et la sueur. Ils découvrent la joie et aussi l’accomplissement par le travail.

200 bénévoles assurent les cours de réinsertion, dont la plupart s’appuient sur la foi chrétienne.

Un pasteur bénévole :

Je m’appelle Song Yo-han, je suis pasteur. Je viens ici comme bénévole. J’enseigne la Bible à de petits groupes, et j’organise des sessions d’aide psychologique. Quand ils étudient la Bible, certains prisonniers pleurent. Certains ne croyaient pas en Dieu mais ils découvrent la foi ici, et continuent de croire après leur sortie.

La prison Somang a été très critiquée : elle est accusée d’imposer la foi chrétienne aux détenus. Mais ses premiers résultats sont bons : elle affiche un taux de récidive environ dix moins élevé que celui des prisons publiques coréennes. Nombre de ses détenus sont bien accompagnés et parviennent à se réinsérer, souligne Lee Baek-cheol, de l’université de Gyeongi :

En tant que professeur qui étudie les milieux carcéraux depuis 20 ans, je pense que les programmes basés sur la religion sont les plus efficaces auprès des prisonniers. Je pense même qu’utiliser le pouvoir de la religion pour rééduquer les détenus est désirable. Et je tiens à préciser que moi-même, je ne suis pas chrétien !

La fondation Agapé, qui gère la prison Somang, envisage à présent d’ouvrir un centre de détention privé pour mineurs.

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