La plus grande souffrance pour ces veuves, c’est qu’elles sont ignorées par la société. Elles deviennent comme des fleurs sans eau. En les acceptant ici, nous leur offrons donc une nouvelle famille.

Nous sommes en Inde, dans la ville sacrée de Bénarès, et vous venez d’entendre Deosharam Singh, le gérant d’un refuge qui accueille des dizaines de veuves dans la ville sacrée de Bénarès. Depuis des siècles, les familles conservatrices indiennes rejettent ces femmes quand elles perdent leur mari, car elles considèrent qu’elles portent malchance ou les évincent pour récupérer leur héritage. Une association leur vient en aide en leur fournissant, entre autres, un revenu mensuel, afin de sortir de l’isolement et de la misère. Un problème majeur à l’échelle de ce pays continent.

(Reportage à Bénarès, de Sébastien Farcis, correspondant deRFI et France Inter)

La lumière faiblit en cette fin de journée et une vingtaine de veuves entament leur prière quotidienne, dans le refuge de Sarnath, en banlieue de Bénarès. La plupart des ces résidentes ont plus de 60 ans, mais quelques-unes sont bien plus jeunes. Comme Karuna Misra, 28 ans, qui a perdu son mari il y a deux ans. Elle vivait alors avec sa belle-famille.

Une femme en Inde
Une femme en Inde ©

Un jour mon mari a ressenti une douleur dans le dos. Puis il est mort. Ensuite, aucun des huit membres de sa famille ont accepté de m’aider ou de m’accueillir, car ils ont considéré que j’étais responsable de son décès. Et que j’allais leur porter malchance. Ma propre famille ne voulait pas que je retourne chez eux non plus. Alors je suis venu à Bénarès.

Les cinq refuges semi-publics de la ville sont spartiates. L’association Sulabh International milite pour leur offrir plus de confort : elle a fourni des ambulances, des réfrigérateurs ainsi qu’un revenu de 2 000 roupies mensuels, soit environ 30 euros, pour plus de 1 100 femmes réparties entre Bénarès et Vrindavan, une autre ville sacrée. Chandan Rawat est l’une des responsables de Sulabh à Bénarès.

Aujourd’hui, elles ont des lits, mais les bâtiments sont en mauvais état. Elles peuvent manger, mais si elles doivent aller à l’hôpital, elles n’ont pas d’argent. Nous aimerions que ce soit le gouvernement qui leur offre ces 2 000 roupies par mois pour qu’elles vivent convenablement.

Le fondateur de Sulabh a participé à la rédaction d’une proposition de loi qui, si elle est adoptée, obligera l’État à payer ce revenu mensuel ainsi que des soins gratuits aux 36 millions de veuves qui vivent en Inde.

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