Un questions-réponses réalisé avec Zoé Beri, en direct de Bogota, en Colombie

Parc national de Tayrona (Colombie)
Parc national de Tayrona (Colombie) © szeke

Un hôtel de luxe à deux pas de l’eau turquoise des Caraïbes et à l’ombre de montagnes peuplées de légendes : vous en rêvez ? Pas les Indiens. L’histoire du jour se passe en

Parc national de Tayrona (Colombie)
Parc national de Tayrona (Colombie) © szeke

Colombie et c’est la fameuse fable du pot de fer contre le pot de terre : une chaîne d’hôtels veut s’installer dans un parc naturel, à deux pas de villages peuplés d’autochtones miséreux.

La très prestigieuse chaîne asiatique Six Senses, propriétaire de 22 hôtels de luxe dans le monde, avait repéré une plage magnifique sur la côte caraïbe colombienne pour y implanter un sept étoiles, avec éco-habitations respectueuses de l’environnement, mais tout confort, et dotées de piscines. Bref, tout ce qu’il faut pour détendre et divertir une très riche clientèle en quête de quiétude.

L’endroit convoité était parfait, à un détail près : la plage fait partie d’un parc naturel, le parc Tayrona dans la Sierra Nevada colombienne, où vivent les populations indiennes les plus attachées à leurs traditions. Koguis, Kankuamo, Wiwas, Arhuaco ont survécu dans ces montagnes non seulement à l’invasion espagnole, mais ensuite, à la convoitise des grands propriétaires terriens et à la guerre civile colombienne. Ils vivent dans le plus grand dénuement- la Colombie est l’un des pays les plus inéquitable au monde- et ils ne voulaient pas de ce sept étoiles chez eux.

-Et l’affaire connaît un grand retentissement dans le pays

Surtout depuis que la presse a révélé que, dans l’étude faite par les autorités pour l’obtention du permis de construire, les Indiens avaient littéralement disparu. « Il n’y a pas d’Indiens sur la plage où sera édifié l’hôtel », peut-on y lire textuellement.

Aussitôt, des milliers de Colombiens se sont manifestés sur Facebook où une pétition a commencé à circuler contre l’hôtel. Il faut dire que ces Indiens sont très respectés en Colombie. Leurs sorciers, les « mamos », ont une telle importance symbolique, que l’actuel Président, Juan Manuel Santos, était allé recevoir leur bénédiction le jour de son investiture.

- Quelle est la position du pouvoir politique dans cette affaire ?

On a d’abord appris qu’un frère et un cousin du Président avaient participé aux réunions avec la chaîne d’hôtel, pour faire avancer le dossier. Mais ces révélations ont ensuite fait céder le pouvoir : pour éteindre l’incendie, le ministre de l’Environnement colombien a annoncé la mort du projet Six Senses.

- Les Indiens ont donc gagné ?

Ils ont gagné une première bataille, mais les promoteurs colombiens ont affirmé qu’il n’était pas du ressort du ministère de freiner un projet et qu’ils n’abandonnaient pas l’affaire. Ils appartiennent à une famille puissante, très proche du pouvoir, déjà impliquée dans un gigantesque scandale de corruption.

On vient de découvrir que ces fameux promoteurs ont un autre projet d’hôtel dans le même parc, Tayrona, qui est au cœur de la polémique. Un hôtel pour lequel ils auraient obtenu toutes les autorisations. Bref, les Indiens ne sont pas à l’abri des prédateurs qui ont posé leurs yeux sur leur petit coin de paradis.

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