Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Indiens d'Amazonie en marche
Indiens d'Amazonie en marche © pedrobiondi

Jenny Suarez, leader de la marche indigène : « Nous pensions qu’avec un gouvernement indien, les peuples indigènes allaient être soutenus, mais je crois que nous nous sommes trompés en votant pour lui »

Indiens d'Amazonie en marche
Indiens d'Amazonie en marche © pedrobiondi

Ils ne sont plus qu’à une centaine de kilomètres de La Paz. Un millier d'Indiens ont entamé, le 15 août dernier, une marche de 600 km jusqu'à la capitale bolivienne pour faire annuler la construction d'une route qui doit traverser le territoire indigène Isiboro Sécuré, une immense réserve naturelle d’Amazonie.

Après avoir été violemment dispersés par la police fin septembre, ils ont repris leur marche voici une semaine. Leur objectif : rencontrer Evo Morales à La Paz et l’obliger à modifier son projet routier. Car pour eux, le président amérindien a trahi la cause indigène.

Ils marchent depuis près de deux mois, en tenant une moyenne d’environ 20 kilomètres par jour. Dans le cortège, des femmes, des enfants, des personnes âgées. Tous gravissent les contreforts de la cordillère des Andes en défense de leur territoire menacé par un projet routier.

Julia : « Si la route passe par là, elle va détruire l’environnement et toute la biodiversité qu’il y a dans le parc. Nous, nous vivons de la chasse, de la pêche. Nous n’achetons ni notre viande, ni notre poisson. Nous ne sommes pas habitués à ça et nous serions obligés de nous en aller. Le président dit que les indigènes ne veulent pas de la route. Alors que nous lui avons déjà dit plusieurs fois que ce n’est pas que nous sommes contre, mais nous voulons qu’elle passe sur un côté et pas qu’elle déchire les terres sur lesquelles nous vivons »

Après la violente répression policière qui s’est abattue sur les marcheurs le 25 septembre dernier, le conflit a pris une envergure nationale et des manifestations de soutien aux Indiens de l’Amazonie ont eu lieu dans plusieurs villes du pays.

Le coût politique de ce conflit est de plus en plus lourd pour le président Morales, car c’est justement sa base électorale qui est en train de se retourner contre lui, comme l’explique cette manifestante, Rosario.

Rosario : « Ce sont ses propres gens, ceux qui l’ont appuyé à un moment donné, qui sont en train de protester, comme les indigènes, les paysans. Et aussi la classe moyenne qui, à un certain moment, l’a soutenu avec l’espoir d’un changement. Mais vu ce qui se passe, le peuple se rend compte que tout ce qu’a promis Evo n’est qu’une tromperie. Ce n’est qu’un dictateur de plus, en pleine démocratie »

De son côté, le président bolivien continue de défendre le projet routier, indispensable, selon lui, au développement de la région amazonienne et accuse les marcheurs d’être manipulés par certaines ONG et par l’opposition de droite qui chercheraient ainsi à le déstabiliser politiquement.

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