Un reportage de Solenn Honorine, à Johannesburg, en Afrique du Sud

Abdul Gurey, réfugié somalien en Afrique du Sud : « Quand on vient s’installer ici, on se dit :’ je vais installer mon business dans un endroit très dangereux, où je pourrais me faire tuer. Je connais les risques, mais je suis prêt à les prendre’ »

Johannesburg
Johannesburg © Sito Wijngaarden

Abdul Gurey est un réfugié somalien en Afrique du Sud. Il est bien conscient que la xénophobie est toujours d’actualité dans le pays.

En 2008, une vague de violence prenant pour cibles les étrangers avait fait plus de 60 morts et des milliers de déplacés.

L’année dernière, 100 réfugiés ont été tués en Afrique du Sud, et une autre centaine gravement blessés dans des attaques.

Aujourd’hui encore, le climat à l’égard des étrangers est très tendu.

Le quartier de Mayfair, c’est un autre visage de Johannesburg : celui de ces millions de migrants venus tenter leur chance dans le plus riche pays d’Afrique. Récemment, un groupe d’hommes se réclamant du Saba, ou « Association des noirs sud-africains », a fait le tour du quartier, menaçant les étrangers de mort.

Abdul Gurey : « Il y avait un gars, un Sri-Lankais, qui était en train de construire son nouveau magasin. Ils se sont arrêtés en face de lui, lui ont donné quelques tracts en lui disant : ‘ça ne sert à rien que tu continues, tu vas tout perdre’. L’homme a tout laissé tomber, il a eu trop peur. Il a carrément quitté le quartier »

Loren Landau, de l’université de Johannesburg, suspecte que derrière Saba, on trouve des commerçants sud-africains souffrant de la concurrence des marchands étrangers.

Loren Landau : « A cause de la liberté de circulation à travers le pays, les gens quittent les campagnes, quittent les townships, et des tensions et des actes de violence à l’égard des étrangers ont lieu exactement dans ces zones où les Sud-africains eux-mêmes ont du mal à trouver leur place »

Si les menaces de Saba sont prises très au sérieux, c’est parce que les attaques xénophobes restent très fréquentes en Afrique du Sud. Alphonse Munyaneza est chargé des questions communautaires pour le Haut Commissariat aux réfugiés.

Alphonse : « Je viens de recevoir un SMS. C’est du broken english somalien, mais c’est très clair : ‘Bonjour Alphonse, les tueries c’est tous les jours. Deux Somaliens ont été tués à Filippi hier, et un autre à Guguletto, deux localités proches de Capetown. En 2011, on avait cent réfugiés tués et une bonne centaine de blessés, une trentaine paralysée à vie à cause des blessures par balles. On a eu une dizaine de des gens brûlés au troisième degré et sur 80% du corps. Cette année, nous sommes déjà à 57 ou 67 tués »

Mais si la population de Mayfair reste sur ses gardes, l’heure n’est pas à la panique. Depuis la mise en place d’un système d’appel d’urgence via le HCR, la réponse policière s’est améliorée et les attaques ont baissé drastiquement dans la province de Gauteng, où se trouve Johannesburg.

Alphonse : « On est passés d’un phénomène hebdomadaire à quelque chose qui devient anecdotique, tous les six mois. Donc on peut arriver au taux zéro d’incidents. Le nerf, c’est l’argent, ainsi que des équipements qui nous permettent de réagir et d’informer la police en temps réel »

Mais face à la crise sociale qui secoue l’Afrique du Sud, alimentant des grèves à répétition, la question des réfugiés n’est pas une priorité gouvernementale.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.