Unreportage de Sébastien Farcis à New Delhi, en Inde

Parvati :

Un voisin nous harcèle par téléphone depuis des semaines. Et ce soir, il est arrivé ivre avec ses amis quand ma fille de 13 ans était toute seule à la maison. J'ai peur, j'ai appelé la police mais elle ne vient pas.

Le procès des violeurs en Inde
Le procès des violeurs en Inde © Reuters

Parvati est l’une des 2 000 habitantes de New Delhi à appeler chaque jour le 181, un numéro de téléphone qui sert à dénoncer des attouchements ou un viol dont elles sont victimes.Un service d'assistance pour les femmes mis en place en janvier, alors que le pays était secoué par une vague inédite de protestations contre les agressions sexuelles, à la suite du viol collectif et du meurtre d'une étudiante de 23 ans dans un bus. 9 mois après ces événements, grâce à ce débat et à plusieurs réformes, les plaintes pour viol à New Delhi ont été multipliées par 3 en à peine six mois. La nuit vient de tomber sur New Delhi, et le 181, la plateforme téléphonique du gouvernement régional, résonne déjà du bruit des appels à l'aide. 4 travailleuses sociales y répondent, 24h/24, à raison de 2000 appels par jour. Elles conseillent, rassurent les femmes au bout du fil, et agissent également :

C'est une plainte pour abus sexuel. La femme est en train de pleurer. Notre agente va tout de suite envoyer une voiture de police sur place.

__ Ces opératrices spécialisées aident ensuite les femmes à déposer plainte, ce que faisait moins d'une victime sur cinq jusqu'à présent, et elles suivent le dossier jusqu'au procès. Une aide offerte par les ONG depuis des années dans la capitale mais cette fois, cela vient des pouvoirs publics. L'efficacité est donc décuplée, comme l'explique Khalijah Faruki, qui a travaillé pendant 25 ans comme militante féministe avant de diriger ce service :

Quand je travaillais pour une ONG, si je voulais savoir ce que la police avait écrit dans la plainte, je devais vraiment me battre. Aujourd'hui, je n'ai qu'à écrire une lettre au poste de police, et ils m'envoient tout le dossier. Et grâce à cela, j’ai accès aux informations et je peux vraiment conseiller la femme sur ce qu'elle doit faire.

Le débat inédit qui a envahi l'espace public indien depuis décembre autour de la question du viol, a donné du courage aux femmes victimes de ces crimes, estime Khalijah Faruki :

Avant, une femme violée ne se confiait à personne, car elle savait que tout le monde la montrerait du doigt. Aujourd’hui, les médias, la société et l'Etat portent leur attention sur l'accusé. Donc les femmes osent entrer dans les postes de police, elles portent plainte et témoignent lors des procès. Avant, seulement 1% des femmes y témoignaient. A présent, dans les cas que nous suivons, 80% vont au procès. Elles veulent s'assurer que l'accusé sera condamné. Et cette émancipation va doucement démotiver les violeurs.

Cependant, la majorité des viols sont commis en Inde par un membre de la famille de la victime, et cette dernière va donc rarement déposer plainte. Mais là aussi, la parole commence à se libérer, constate Leila Tayebali , qui est art thérapeute à Bombay depuis 6 ans, et a traité des centaines de cas de viols intrafamiliaux :

Beaucoup de cas de femmes qui maintenant, parlent, qui ne savent pas encore quoi faire car la structure familiale n’est pas encore prête, mais les jeunes femmes comment à l’être. Et on sent une rébellion, une colère, un désir de changement. Une fois que l’abcès est percé, ça peut vraiment changer assez rapidement. __

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